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Un film de Nicolas Pereda (Mexique-Canada-Pays Bas)

"Les chansons populaires" Sortie en salles le 31 juillet 2013

Gabino est un vendeur de disques ambulant. A plus de vingt ans, il vit toujours chez sa mère. A longueur de temps, au long de ses journées, il ne cesse de mémoriser les titres des chansons que comporte chacun des cd dont il vante la qualité aux passants.

Un jour, alors que la vie s’est organisée entre la mère et le fils, le père disparu depuis de nombreuses années réapparaît dans le même état de dénuement que celui où il se trouvait quand il est parti, mais avec un projet mirobolant auquel personne ne croît.

Quel que-soit le résumé qu’on pourrait faire du film de Nicolas Pereda, aussi fidèle qu’il puisse être à la trame narrative sur lequel il fonctionne, il n’en serait pas moins réducteur et d’une certaine façon, une trahison.

Car "Les chansons populaires" vaut par sa tonalité singulière, un traitement très libre des personnages et des situations qui, pour rester dans un certain réalisme, ne s’en détachent pas moins à la première occasion et souvent, de façon imprévisible.

Ce sont les silences lourds de sens, l’insignifiance des dialogues, la durée des séquences, la passivité des personnages qui donnent sa tonalité et sa consistance à cette œuvre discrètement inventive.

Le cinéma de Nicolas Pereda est un cinéma en totale liberté.

Tout y est permis.

Le changement du comédien interprétant le père au bon milieu du film ne surprend pas et s’intègre parfaitement au récit.

Les scènes de répétitions peuvent venir "doubler" les scènes définitives à une ou deux phrases près. La mère peut avoir été présente à l’image pendant les trois quarts du film, on peut tout à coup demander au fils l’âge qu’il avait, enfant, à la mort de celle-ci.

Dans la dernière partie du film, l’équipe de tournage du film peut s’inviter à l’image, de façon quasi-accidentelle ; et là aussi, il n’y aura personne pour s’en étonner.

"Les chansons populaires" n’est pas un exercice de style dans ce que l’appellation peut avoir de pompeux ou de réducteur. Le film est tout le contraire. Il est, dans sa façon de donner une représentation de la famille au Mexique, d’une grande simplicité à tous points de vue.

La duplicité des personnages est autre chose. En dépit de la façon dont on peut les manipuler à la narration, ils gardent une réalité concrète et peuvent échapper au contour narratif traditionnel.

Si le film ne néglige pas le personnage de la mère, socle solide sur lequel repose l’essentiel, il est un hommage rendu au père quels que soient ses manquements et ses défaillances.

La scène finale du film qui met en présence le père et le fils dans un décor qui rend compte d’un échec matériel total, se ramasse sur les sentiments profonds qui, en dépit des circonstances pathétiques, restituent aux deux hommes leur attachement mutuel.

Un objet cinématographique qu’on pourrait qualifier de non identifiable, que ses audaces narratives jamais tapageuses mais toujours troublantes rendent passionnant de bout en bout.

Francis Dubois

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