Actualité théâtrale

Au Théâtre 14 (Paris - 14e) jusqu’au 11 juillet

"Les caprices de Marianne" d’Alfred de Musset - Mise en scène Marcel Maréchal

Lorsque Alfred de Musset écrivit "Les caprices de Marianne", il avait vingt trois ans. Il écrivit ce texte sans se soucier de savoir s’il était transposable sur une scène et, dit-on, pour son seul plaisir. Est-ce cette absence de contraintes et une totale liberté d’inspiration qui font que cette pièce reste d’une étonnante modernité et que les jeunes gens de Musset ressemblent tant à ceux d’aujourd’hui ? Leur désir et leur peur d’aimer, leurs révoltes, leurs provocations et cette recherche de ce qui pourrait donner un sens à leur vie sont les mêmes…
Victor Hugo disait de Musset qu’il était le poète de la jeunesse. Plus tard Renoir garda en tête "Les caprices de Marianne" quand il écrivit "La règle du jeu" tout comme Jean-Luc Godard que l’héroïne de Musset accompagna au moment où il imagina la Marianne de "Pierrot le Fou".
La mise en scène de la pièce que proposent Marcel Maréchal et Michel Demiautte et qu’on peut voir sur la scène du Théâtre 14 jusqu’en juillet, apparaît d’entrée comme une alternance peu convaincante de nonchalance et d’efficacité, de laisser-aller et de virtuosité. Et c’est quand on est sur le point de trouver le spectacle un peu terne, l’interprétation molle que, tout à coup, on est rendu à son plaisir de spectateur. Ce va et vient qui marque surtout le début du spectacle, est à tous les niveaux. Il est vérifiable dans le jeu des acteurs, la mise en scène, les transformations de décor ou les costumes. SNES_Marianne
Puis le plaisir prend définitivement le pas sur la monotonie et cela, sans que rien n’ait changé. Simplement, ce qui était perçu comme de la nonchalance se transforme en élégance et, du coup, prend du relief, ce qu’on pouvait reprocher de manque de passion aux personnages se justifie tout à coup ou se transforme en feu intérieur.
Et si la première apparition du juge Claudio en vieux mafieux peut surprendre ou apparaître comme une facilité, ce choix trouve toute sa valeur dans la scène de l’assassinat de Coelio. Des silhouettes dans la pénombre, un simple jeu de lumière et tout à coup, le personnage de Claudio trouve toute sa dimension et le mafieux, sa justification.
Au moment où, dans des théâtres prestigieux, le public s’enthousiasme pour des mises en scène construites uniquement sur les effets faciles, les grimaces et les gesticulations désordonnées, on ne peut que saluer la subtilité de ce spectacle modeste et réussi, qui lui, loin de forcer le trait, sans avoir recours à aucun effet, atteint son but.
Et si, au moment du salut, les applaudissements n’en finissent plus, au moins là, c’est justifié.
Francis Dubois

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