Actualité théâtrale

« Les 7 jours de Simon Labrosse » au Théâtre de l’Opprimé du 19 novembre au 28 décembre

Simon Labrosse, un jeune homme sans emploi, a convié le public à assister à quelques moments de sa vie. Aidé par deux compagnons, Nathalie, obsédée par ce qui se passe dans son corps et par son développement personnel, et Léo, qui a reçu une brique sur la tête juste à l’endroit du cortex où se forment les mots positifs et n’écrit donc plus que des poèmes négatifs, il va tenter de nous donner de lui l’image d’un jeune homme plein d’idées pour se « réinsérer dans la vie active », par exemple en finisseur de phrases, flatteur d’ego, allégeur de conscience ou « objet de salon », mais mieux que la télévision car lui il est « live » !
Carole Fréchette, une canadienne, a écrit ce texte lors de la récession de 1993 où le chômage s’accroissait avec son lot de nouveaux pauvres. La pièce continue de nous toucher par son ton et nous bouscule dans des sentiments contradictoires. Sans être artiste lui-même, Simon fait le pari qu’a fait Carole Fréchette quand elle a décidé de vivre de son écriture, que le récit de sa vie ordinaire puisse intéresser des inconnus. Simon est saisi d’angoisse face au chômage et se demande comment payer le loyer, mais il est aussi en plein dans les injonctions de l’époque : il faut bouger, prendre des initiatives, ne pas se décourager, sinon on est responsable de son échec. La solitude de Simon est très grande et il ne s’en échappe qu’en enregistrant des cassettes à destination d’une amie partie en Afrique pour « aider les plus démunis » qui ne partiront jamais et qu’il devra défendre contre un huissier qui veut saisir son magnétophone. On n’est pourtant pas du tout dans le pathos et l’on rit beaucoup, d’un rire un peu grinçant. Nous ne sommes pas dans une étude sociologique et pourtant la pièce nous renvoie à notre temps, où l’absence de travail équivaut souvent à la négation de l’individu.
Claude Viala signe une mise en scène qui accompagne les 7 jours de la vie de Simon Labrosse. Comme le public est le témoin de cette vie, le dispositif scénique permet à Nathalie et Léo, qui représentent plusieurs personnages, de se transformer devant lui. Chaque séquence de la vie de Simon est annoncée par un jingle composé par Sanseverino. L’espace scénique semble ainsi mis à la disposition de Simon qui n’a qu’un temps très court pour convaincre les spectateurs de ses possibles performances. Cédric Revollon joue avec talent le personnage burlesque de Simon dont on ne sait si on doit critiquer son aveuglement ou louer son courage. Léonore Chaix oscille entre border-line et personnage englué dans un rôle social et Hervé Laudière se coule bien dans son personnage de poète négatif et bougon. Une pièce qui nous parle des angoisses de notre société en crise tout en nous contraignant à en rire, ce n’est pas si fréquent !
Micheline Rousselet

Théâtre de l’Opprimé
78 rue du Charolais, Paris 12
Du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17 heures
01 43 40 44 44

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