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Un film de Samuel Maoz (Israël-France-Allemagne ; Lion d’Or au Festival de Venise 2009)

"Lebanon" Sortie en salles le 3 février

Le réalisateur avait dix neuf ans lorsque l’armée israélienne le désigna comme tireur dans le premier tank à traverser la frontière libanaise. Cette mission annoncée comme un simple déplacement et qui devait durer une journée devint vite un enfer pour le jeune soldat qui n’était pas préparé à l’expédition et surtout à détruire tout obstacle sur son passage.
Par la force des choses, il devint, au cours de cette expédition, une machine à tuer. Il a fallu plus de deux décennies à Samuel Maoz pour sortir ce tank de sa tête et réaliser, sur le sujet, un film qui allait le libérer d’un poids de vingt cinq ans. Lorsqu’il a pu enfin faire de lui et de ses compagnons, des personnages de cinéma et faire entrer son histoire dans le cadre d’une fiction.
Le film se déroule pour sa presque totalité dans l’habitacle d’un tank où évoluent les quatre militaires auxquels l’armée israélienne a confié la mission. Le tireur est novice. Il est placé devant les armes dont il devra immanquablement se servir, face à l’œilleton où tout devient une cible. Le pilote est également un très jeune homme et le commandant de l’expédition va très vite, devant la tournure que prennent les choses, être rendu à la vulnérabilité de l’homme de combat quand sa carapace de guerrier le quitte.
L’habitacle de ferraille devient vite, dans le vacarme, la crasse, l’humidité, l’odeur d’urine, dans l’attente et la peur, une vision plausible de l’enfer. L’exiguïté du lieu, la promiscuité et l’isolement contribuent à développer un sentiment de solitude extrême et de constant danger. L’épaisseur métallique de l’engin n’est plus protection mais une enveloppe qui pourrait être l’antichambre d’une sépulture.
Samuel Maoz a travaillé pendant plusieurs années sur le scénario et il est évident que c’est grâce à cette longue remémoration qu’il a débouché sur une restitution très forte, presque insoutenable des situations et sur la justesse des sentiments qui occupent dans l’immédiat en même temps qu’ils anticipent déjà sur les prochains dangers. Ici, cette solitude liée à l’enveloppe d’acier est lisible dans le regard perdu du personnage du tireur et dans celui, peut-être plus aguerri, de ses compagnons. Le flot des événements contraste avec l’exiguïté de l’habitacle et l’isolement atteint son paroxysme avec la promiscuité des êtres dans les circonstances de survie, chacun replié dans son propre questionnement d’urgence. Les ressources de l’être humain sont infinies. C’est à la fois une considération rassurante et un constat terrible que cette faculté de pouvoir repousser aussi loin les frontières du supportable.
"Labanon", qui obtint le Lion d’Or à Venise, n’a recours à aucun effet. L’insoutenable n’est jamais dans la mort, la destruction ou la torture comme pourrait le laisser supposer le sujet mais dans la description de l’homme poussé à bout, dans le vacarme métallique du tank, dans l’obsession du viseur et dans l’enfermement à l’intérieur de cette redoutable coquille.
Une œuvre forte. Un témoignage de plus sur l’horreur et l’aveuglement de la guerre.
Francis Dubois

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