US Magazine 673 du 25 octobre 2008

Le point sur la réforme du lycée : Refus de cette seconde-là

Depuis la présentation par le ministre du deuxième
« rapport d’étape » sur la réforme du lycée (L’US 673),
aucun élément nouveau n’a été annoncé.
Si l’organisation de la classe de Seconde est en partie précisée, le flou
le plus complet continue de régner sur celle du cycle terminal, interdisant
toute vision globale de l’architecture du lycée et brouillant les
cartes dans les choix que les élèves actuellement en Troisième seraient
censés faire dans les mois qui viennent.

De nombreuses questions restent donc en suspens en particulier en
Seconde.

Les horaires : si le recul du ministre sur l’horaire élève qui passerait à
30 heures hebdomadaires est important, des précisions s’imposent sur :
- l’horaire-prof attribué à chaque division : cette question est centrale
pour la détermination des postes d’enseignants dans les établissements
mais aussi pour déterminer les possibilités de dédoublements et travaux
en groupes ;
- la répartition horaire entre les disciplines à l’intérieur du groupe
« Enseignements généraux » : par exemple, l’enseignement obligatoire
de français serait réduit à 3 heures hebdomadaires (au lieu de 4 h 30
actuellement), renvoyant l’aide, le soutien ou l’approfondissement à
3 heures obligatoires d’accompagnement et séparant l’enseignement
du français en étude de la langue pour tous et littérature pour certains,
solution antipédagogique et inégalitaire ;
- les programmes : la réduction de l’horaire global consacré au tronc
commun induirait des réductions dans les programmes actuels (français,
mathématiques) ou une autre conception de ces programmes (SVT et physique-
chimie regroupés sous la dénomination « sciences expérimentales
 »). Quand, comment et par qui seront débattus ces choix de programmes
 ? Quelle cohérence avec les nouveaux programmes du collège ?

Les modules d’enseignements complémentaires : construire la diversification
de la classe de Seconde sur 6 heures est un élément intéressant,
mais l’architecture proposée n’est pas satisfaisante sur trois points :
- aucune précision n’est donnée sur « les passages obligés » : des
champs disciplinaires nouveaux pour un élève qui arrive en Seconde
seront-ils obligatoires ? Un élève peut-il choisir tous ces modules dans
un seul champ ou doit-il en choisir dans au moins deux ? Les réponses
à ces questions sont essentielles pour l’existence même de disciplines
fragilisées par leur absence du tronc commun et leur mise en concurrence
dans ces modules de découverte avec les disciplines des enseignements
généraux qui figurent dans les deux groupes ;
- l’articulation entre « enseignements généraux » et « modules d’enseignements
complémentaires » pose de nombreux problèmes pédagogiques
et de conception même des disciplines éclatées en deux pôles
sans articulation claire, une telle organisation rendra l’hétérogénéité
des groupes quasiment impossible à gérer ;
- l’absence de visibilité sur le cycle terminal pose le problème de la réalité
du maintien réel de la voie technologique et de la série ES, leur
accrochage en Seconde apparaissant bien flou et peu assuré.

L’accompagnement personnalisé : censé répondre à une demande
des lycéens, son organisation reste peu précise, et, comme pour l’accompagnement éducatif en collège, ressemble davantage à un assemblage
hétéroclite de dispositifs et d’activités qu’à un véritable espace
d’aide et d’accompagnement : comment le lycéen sera-t-il maître de
ses choix, quelle sera la place des enseignants et des CO-Psy ?

L’organisation semestrielle : Annoncée comme permettant de résoudre les difficultés d’accompagnement
des élèves en terme d’orientation et ouvrant les possibilités
de diversification, elle reste rejetée par une majorité de collègues, qui
y voit une détérioration des conditions de travail et souligne les risques
de dénaturation de leur discipline.

C’est sur la base de ces analyses que le SNES ne peut accepter ce
projet de Seconde.

Roland Hubert

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