2011

Le nouveau programme de TL est en consultation

Le programme mis en consultation est à lire dans le cadre, rappelons-le, d’un horaire réduit à 2 heures hebdomadaires. Apparemment les rédacteurs ont perdu de vue cette légère contrainte matérielle !

Le programme comprend 2 thèmes (littérature et langages de l’image / Lire-écrire-publier) qui seront à étudier à l’aide d’œuvres imposées : « un programme d’œuvres est spécifié. Il est renouvelé par moitié tous les ans. Les œuvres au programme constituent un ancrage à la réflexion sur le domaine étudié et non une limitation de l’espace des connaissances à faire acquérir aux élèves. » Pour l’instant nous n’avons aucune idée du nombre d’œuvres ni des titres choisis pour la première session. Le professeur se doit aussi de proposer à la lecture et à l’étude, d’autres textes, divers et variés, en complément, en comparaison, en confrontation avec les œuvres au programme.

Les objectifs du programme sont assez flous mais se dégage tout de même une constante, bien dans « l’esprit » de la réforme du lycée : il s’agit de permettre à l’élève de s’orienter et de lui présenter des métiers et activités autour du livre, ce qui rappelle l’enseignement d’exploration « littérature et société ». D’ailleurs le programme y fait plusieurs fois référence, désignant cet enseignement d’exploration comme un préalable, ce qui est bien curieux puisque les enseignements d’exploration ne sont officiellement pas déterminants pour le choix de la série. D’ailleurs les intentions d’orientation de ce second trimestre montrent, dans de nombreux lycées, que « Littérature et société » ne conduit pas nécessairement en L. On peut surtout s’étonner d’un enseignement qui aurait pour objectif non pas des contenus et des méthodes propres à la discipline mais une sensibilisation à son éventuel « après » professionnel. On oublie en plus ce qui avait été la ligne de l’ancien programme de « Littérature » en Term L, une sorte de propédeutique aux études universitaires de lettres.

Le premier thème, « Littérature et langages de l’image », vise à observer les liens entre un texte (littéraire ou non) et une image fixe ou animée. Ces liens possibles sont longuement inventoriés. Le programme développe un jargon bien creux autour de la pratique des « regards croisés » et du « dialogue entre les œuvres ». Une liste de contenus possibles tente vainement de théoriser cette « pratique », mais elle devient vite une liste fourre-tout, sans hiérarchisation, et on ne sait pas trop pourquoi on choisirait telle proposition plutôt que telle autre. On n’évite pas les affirmations péremptoires douteuses : « De même, les écrits de peintres ou de sculpteurs permettent de mettre en regard le processus de création, pictural par exemple, avec celui de l’œuvre littéraire. » ou les imprécisions qui ne coutent rien : « Ce sont, par exemple, les relations entre poésie, dessin et peinture, ou bien les ouvrages de bande dessinée inscrits dans un cadre littéraire bien identifie ». Qu’est-ce donc qu’un « cadre littéraire bien identifié » ? S’il s’agit de l’adaptation des Misérables en bande dessinée, on va essayer d’éviter… Le rédacteur s’est visiblement fait plaisir, c’est déjà ça : «  La représentation polysémique du réel au cinéma, par exemple, ne saurait être réduite à une figuration référentielle. Dans ce cas comme dans le précédent, le statut culturellement codifié du lien est particulièrement soumis aux variations historiques, notamment dans la réception puis la réécriture. » Pour sûr, il sait causer !

Après une liste d’objectifs et de compétences qui n’a rien de spécifique et qui ne prépare pas plus à l’université que les programmes de 2de et de 1ère, après une liste interminable de contenus, cette première partie se termine par une nouvelle liste de « mises en œuvre ». On y trouve tous les exercices écrits et oraux imaginables, cette fois encore sans hiérarchisation ni priorité : « Les travaux réalisés pourront consister en écrits d’invention, commentaires, essais critiques, conçus sous des formes variées : imitation, transposition, analyse d’œuvre, pamphlet, manifeste, article, etc.  » Bref chacun fait comme il veut, comme il peut et advienne que pourra !

Le deuxième thème rappelle des souvenirs : « Lire, écrire, publier ». Quelle différence avec l’ancien programme de 2de ? L’ancrage dans les professions du livre. C’est la suite de « Littérature et société », au cas où on n’aurait pas eu le temps d’aller visiter une librairie, une médiathèque, un imprimeur, une maison de la presse, etc… on peut faire un rattrapage sur les catégories de papier, le travail de l’éditeur, sous forme d’une deuxième chance pour celui qui aurait été peu attentif en 2de ! Nous devons cette partie vraisemblablement à un autre rédacteur : c’est moins jargonnant, plus convenu mais parfois tout aussi cocasse : « on peut lire pour écrire, écrire parce qu’on lit, ou parce qu’on a lu. On peut, inversement, écrire pour lire ; lire en écrivant, écrire en lisant.  » Nous revoilà avec « les Papous à poux et les Papous pas à poux » de Gaston Lagaffe !

Le problème, une fois de plus, c’est que l’on mélange tout, sans ordre ni priorité : « Le travail sur ce domaine a pour objectif l’analyse d’une œuvre dans sa globalité, depuis sa genèse jusqu’à sa réception.  » Sauf que l’étude du travail de création d’une œuvre n’a rien à voir avec celle des phénomènes de réception. Est-ce à dire que l’on fait une année sur deux, que cela dépend de l’œuvre mise au programme ou du choix de l’enseignant ? Mais dans ce cas, comment les élèves pourront-ils traiter à l’examen le même sujet ?

Rappelons que nous n’avons que 2h hebdomadaires, sur une demi année, pour cette deuxième partie du programme : « Cette étude donne ainsi l’occasion de réfléchir aux liens qui existent, pour toute œuvre, entre les formes et les significations qu’elle agence, les dispositifs matériels de sa publication, les stratégies qui la sous-tendent, et ses modalités de production et de réception. » Les compétences visées sont au nombre de 8, allant de la lecture analytique à la mise en voix de textes, jusqu’à l’édition (sur le net certainement) de textes originaux… Faut-il faire acquérir ces 8 « compétences » ou une seule d’entre elles ?

La partie «  contenus » montre le goût du rédacteur pour la combinatoire ; il détaille des propositions pour étudier conjointement « publier et lire », « lire et écrire », « écrire et publier », en laissant libre cours à son imagination, fertile, il faut le reconnaître ! On sent d’ailleurs des expériences malheureuses avec des éditeurs !

Pour la mise en œuvre, on fait comme on veut mais « Dans tous les cas, les productions visent à développer le goût et l’esprit critique des lecteurs. ». Reste à définir de quel « gout » il s’agit ; le « bon » certainement… Histoire de faire plaisir à tout le monde on rajoute une pointe de TICE, une pincée de documentaliste et une bonne louche d’histoire des arts : envoyez, c’est pesé !

Evidemment, dans cette jungle, chacun trouvera quelque que chose qui lui convient, pourra se laisser aller à sa marotte personnelle mais ce programme ne permet pas de déteminer ce que les élèves de terminale L apprendront et devront finalement savoir en fin d’année. C’est peut-être pour cette raison que ni la forme ni le contenu de l’épreuve du bac n’a été définie. Et s’il s’agissait d’un dossier personnel avec une soutenance en CCF ?… Evidemment sans cadrage national, comme pour l’histoire des arts au DNB…

Le projet de programme est à télécharger ci-dessous :

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