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Un film de Jafar Panahi (Iran)

"Le miroir" Sortie en salles le 21 décembre 2011

Le film de Jafar Panahi tourné en 1997 et qui obtint, la même année, le Léopard d’or au Festival de Locarno, est resté inédit en France.
Il appartient à ce cinéma iranien des années 90 dont les prétextes narratifs minimalistes, qui souvent, mettaient en scène des enfants, produisait des films politiques sans qu’ils en aient l’air.
C’était "Bashu, le petit étranger" de Bahram Beyzal, "Où est la maison de mon ami ?" d’Abbas Kiarostami ou "La jarre" de Ebrahim Forzesh….
Dans "Le miroir", une fillette de huit-neuf ans attend sa mère à la sortie de l’école. Quand celle-ci tarde à venir, la gamine décide de rentrer seule chez elle.
Mais l’entreprise s’avère plus difficile qu’elle ne l’aurait cru, malgré l’aide spontanée d’hommes et de femmes qui ne cherchent qu’à l’aider. Elle monte dans un bus qui va dans le sens inverse de sa destination, retrouve la bonne direction mais n’est plus très sûre des noms des rues qui jalonnent son itinéraire, traverse des rues inutilement…
Mais soudain l’enfant qui portait foulard et plâtre au bras, pique une colère, envoie tout balader et annonce qu’elle en a assez, qu’elle quitte le tournage du film.
C’est alors qu’on découvre autour d’elle les appareils de filmage, les techniciens et les acteurs qui jouaient les personnages qu’elle rencontrait et qui avaient volé à son secours dans les moments difficiles.
Sitôt dit, sitôt fait. La fillette, cette fois-ci jeune comédienne de cinéma, mettant ses menaces à exécution, prend ses cliques et ses claques, et refuse catégoriquement qu’on la raccompagne chez elle.
Mais voilà qu’en chemin, elle n’est plus sûre de l’itinéraire et du nom des rues qui jalonnent le trajet… Les déambulations d’une petite fille seule, même vaillante et déterminée, au milieu de la foule grouillante des rues de Téhéran, est un sujet qui se prête à une répétition un peu lancinante des séquences. On la voit hésiter, aborder des adultes pour qu’ils lui viennent en aide, traverser des avenues dangereuses, se tromper de chemin, revenir sur ses pas, se désespérer, perdre courage, se ressaisir…
Si bien que, lorsqu’on qu’on découvre le subterfuge, en l’occurrence le tournage du film, on est soulagé à tous points de vues. On n’a plus rien à craindre pour la petite fille, ni un accident de la circulation, ni une rencontre douteuse.
Lorsque la déambulation recommence et que les scènes d’égarement se répètent, on est amené à s’intéresser à l’arrière-plan des séquences et c’est dans l’agitation des rues de la ville, dans les anecdotes secondaires, la solitude et la misère qui saute aux yeux, la place de la femme dans la société, qu’on découvre le sujet social du film.
Il l’est aussi dans le personnage même de la gamine dont on se dit qu’elle sera l’iranienne de demain. La petite fille qui jette le voile qui couvrait sa tête dès qu’elle décide d’arrêter le film…
Cinéaste phare de la Nouvelle vague du cinéma iranien, opposant au régime, Panahi s’est souvent vu interdit de tournage, a souvent vu ses films censurés dans son pays.
Même si ses films présents dans les festivals internationaux ont, pour la plupart d’entre eux reçu les prix les plus prestigieux –Lion d’or à Venise, Caméra d’or à Cannes ou Ours d’argent à Berlin- et peut-être pour ces raisons-là, il n’obtint pas l’autorisation de se rendre en 2010 à Cannes où il faisait partie du jury ainsi que, la même année au Festival de Berlin où il était invité d’honneur.
En décembre 2010, il est condamné à six ans de prison assortis d’une interdiction de tourner.
Le 15 octobre 2011, la condamnation est confirmée en appel.
Aller voir les films de Jafar Panahi est devenu aussi un acte militant…
Francis Dubois

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