Archives

au Théâtre de la Colline – partenaire réduc’snes

"Le mendiant ou la mort de Zand" de Iouri Olecha, mise en scène de Bernard Sobel

Bernard Sobel a l’art de nous faire découvrir des auteurs russes oubliés. Cette fois-ci, il ressuscite un poète, nouvelliste et dramaturge, Iouri Olecha, qui eut 18 ans au moment de la Révolution russe, qui crut en la construction d’un homme nouveau et se perdit quand les priorités des plans quinquennaux et le totalitarisme emportèrent les espoirs d’un monde nouveau. Condamné pour « pessimisme philosophique à l’égard des idéaux communistes », Olecha est mort dans la pauvreté et l’alcoolisme en 1960. Mais les questions qu’ils se posent résonnent en nous.
Le héros de la pièce, Zand est un écrivain qui veut écrire une œuvre conséquente sur la construction de la société nouvelle et qui, au début de la pièce, s’impatiente de n’y être pas encore parvenu à 32 ans. Il rêvait de devenir l’écrivain du prolétariat jusqu’à ce que sa femme, qu’il semblait pourtant mépriser, le quitte. Dès lors son esprit est empoisonné par la pensée de la mort, du déclin. Il découvre qu’en lui les pulsions de l’inconscient l’emportent sur le projet de monde nouveau, et qu’on ne se débarrasse pas si facilement de Kant ou de Freud, comme le rappelle un personnage très dostoïevskien, le mendiant Fédor, sorte de double, comme Zand de Iouri Olecha. Il se découvre incapable d’être l’homme d’un seul tenant qu’exige l’idéal stalinien. Pour mettre en scène ce texte touffu, parfois un peu obscur, où le héros cherche désespérément le sens de sa vie dans une société qui le laisse à ses interrogations et le juge comme l’héritier d’un monde destiné à périr, Bernard Sobel a choisi un décor constructiviste multicolore (de Lucio Fanti) posé sur une tournette (une scène tournante), qui emporte meubles et cloisons de couleur dans un lent mouvement qui souligne le côté incertain des personnages. Le jeu des acteurs suit ce mouvement, avec ces gens qui s’épient, se débrouillent, se dénoncent, ont du mal à se comprendre et sont tout à la fois des gens ordinaires, des fous ou des salauds. Pour sa première mise en scène hors du théâtre de Gennevilliers qu’il a si longtemps dirigé, Bernard Sobel nous montre qu’il a encore des choses à dire et il les dit très bien.
Micheline Rousselet

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52
Du mercredi au samedi à 20h30, mardi à 19h30, dimanche à 15h30, jusqu’au 29/11/07
Avec Claire Aveline, Eric Caruso, Eric Castex, Claude Guyonnet, Anne-Lise Heimburger, Vincent Minne, Jacques Pieillier, Chloé Réjon, Stanislas Stanic et Gaëtan Vassart
www.colline.fr

Autres articles de la rubrique Archives