Actualité théâtrale

La Pépinière théâtre

"Le jeu de l’amour et du hasard" À partir du 26 mai

Cette pièce est une des plus jouées de Marivaux tout comme Les fausses confidences, actuellement à l’affiche de l’Odéon. Sylvia, jeune aristocrate, ne veut pas se livrer les yeux fermés à l’époux que lui a choisi son père, Orgon. Soucieuse de mieux le connaître, elle imagine de prendre l’habit de sa femme de chambre, Lisette, confiant à celle-ci le soin de jouer son propre rôle. Les jeux du hasard font que le promis, Dorante, a choisi le même stratagème, endossant sous le nom de Bourguignon, le costume de son valet Arlequin. Au premier regard les deux faux-serviteurs sont troublés, les deux faux-aristocrates s’abandonnent au désir amoureux et les jeux de l’amour vont se déployer.

Philippe Calvario a choisi dans sa mise en scène d’insister sur le désordre amoureux auquel correspond celui du décor au début de la pièce. La chanson de Serge Gainsbourg, Je t’aime moi non plus, revient en boucle, belle correspondance avec les hésitations de Sylvia et Dorante, tiraillés entre les élans du cœur et le souci d’obéir à leur position sociale. Mais si Marivaux n’hésite pas à inverser les rapports maître-valet, il ne va pas jusqu’à bousculer complètement les codes sociaux. Les serviteurs déguisés en aristocrates conservent la langue et les manières des valets. Dans cette mise en scène, Arlequin apparaît comme un valet de comédie. Il copie outrageusement les manières des maîtres et leur langue ce qui permet à Nicolas Chupin de faire un numéro comique désopilant, dans lequel l’accompagne avec verve, Lisette, très bonne Anne Bouvier. Certaines répliques et certaines situations sont même tirées vers l’égrillard. Inversement la noblesse des sentiments est l’apanage des maîtres, en dépit du jeu trouble de Sylvia qui, instruite de la vraie personnalité de Bourguignon, ne lui révèle pas qu’elle n’est pas Lisette. Elle veut éprouver son amour et obtenir qu’il fasse fi de ses obligations de classe. Marie-Pierre Nouveau campe une Sylvia, troublée prête à se laisser aller à l’amour en dépit de sa position, mais qui veut éprouver l’amour de Dorante, qu’interprète avec justesse et tout en finesse Philippe Calvario.

Cette mise en scène de Philippe Calvario, tout en respectant la pièce de Marivaux dans ce qu’elle a de plus précieux, l’expression de sentiments complexes dans une langue d’une subtilité rarement égalée, lui offre un cadre qui touche le public d’aujourd’hui, le fait rire mais aussi réfléchir.

Micheline Rousselet

Du mardi au vendredi à 21h, le samedi à 16h et à 21h
La Pépinière Théâtre
7 rue Louis-Le-Grand, 75002 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 61 44 16

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « We love arabs »
    Hillel Kogan est un artiste engagé. Il est à la fois danseur, chorégraphe, interprète, acteur, concepteur et dramaturge mais cette accumulation de titres qui lui ont valu de nombreuses récompenses... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « La nostalgie des blattes »
    Sur un plateau nu, une estrade, et sur cette estrade, assises sur deux simples chaises, deux femmes plus très jeunes. La plus ancienne dans son poste voit arriver la remplaçante avec une belle dose... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Trahisons » de Harold Pinter
    Jerry et Emma se retrouvent devant un verre deux ans après leur rupture. Leur embarras n’a d’égal que l’émotion de se revoir. Pendant des années, alors qu’une amitié sincère et de très longue date liait... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Les deux frères et les lions »
    Une ambiance très british avec chansons traditionnelles, thé et scones, nous accueille pour ce conte inspiré d’une histoire vraie, dont les héros sont encore vivants. Deux jumeaux habillés de la même... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Novecento »
    Novecento est un conte qui nous entraîne sur un paquebot transatlantique, à la rencontre de Novecento, né et abandonné sur le piano de la salle de bal du bateau, devenu un musicien de génie et qui... Lire la suite (Septembre 2017)