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Le grenelle de l’environnement, sauce éducation nationale Le rapport Brégeon

Le rapport est maintenant disponible sur actualité de l’éducation

Les membres du Groupe de Travail EDD qui se sont réunis pendant deux mois (décembre 2007 et janvier 2008) ont d’abord appris sa sortie par les « gratuits » jeudi matin dans les gares et stations de métro, sous l’image naturelle et aventurière de Nicolas Vanier en toque de fourrure… Jean-Michel Valentin, Haut Fonctionnaire DD au MEN nous a fait parvenir le rapport à notre adresse lundi soir. Les voies de la communication ne sont pas toujours simples !

Un groupe de travail sous pression
Pression des enjeux, bien sur,…mais surtout du temps ! Ce groupe de travail s’est réuni dans des conditions difficiles, marquées par une pression permanente du chronomètre (séances rapprochées, timing serré de chaque intervention, contributions sous contrainte de « dead line » imminente…). Au-delà de la présence très ponctuelle de nombreux membres venus, un bref instant, affirmer haut et fort leur engagement en EDD…ce sont les responsables institutionnels, les Associations membres du CFEEDD et les syndicats qui ont alimenté les débats. Acteurs impliqués, habituels de l’EDD ils n’ont jamais déserté ! Soulignons que dans le cadre du Cfeedd des années de discussion / confrontation / actions entre acteurs différents ont fait émerger une culture commune, particulièrement utile pour avancer efficacement dans ce terrain complexe de l’EDD. Illustration de la nécessaire « biodiversité »…Un des mérites du GT EDD de Jacques Brégeon est sans doute aussi d’avoir favorisé, enrichi et diffusé plus largement, un peu de cette « culture commune » en EDD.

Dans cet hiver humide où pleuvent les rapports (Attali, Pochard, …) dont les propositions génèrent interrogations et inquiétudes...que nous dit Jacques Brégeon ?
D’abord que « l’éducation au développement durable est la clef de l’efficacité de la politique nationale de développement durable » …et que cette « éducation au développement durable ne constitue pas une discipline. » Ce que nous partageons totalement.
« Le développement durable suppose d’abord la compréhension des enjeux, et propose ensuite une nouvelle manière de penser et d’agir ». (…) « Cette éducation passe par l’intégration du développement durable dans et par toutes les disciplines ; elle suppose notamment d’identifier les messages clés, scientifiquement valides » Saluons, ici, cette référence aux connaissances avérées !

Simple reprise de la circulaire de 2007 !
Les propositions de J Bregeon reprennent ensuite assez fidèlement les orientations de la circulaire de 2007 :
« Si l’analyse est ciblée sur le rôle et la responsabilité de la sphère éducative dans la mise en oeuvre de l’EDD, cela n’exclut pas du sujet, bien au contraire, les autres acteurs que sont les collectivités, les associations, les médias, les établissements publics ou les entreprises qui doivent eux aussi concourir à l’EDD. (…)…En matière de développement durable, il n’est de vraie solution qui ne soit partenariale »
« L’EDD repose sur : 1. l’intégration du développement durable au sein de chaque discipline … 2. d’autres processus pédagogiques en co- pluri- ou interdisciplinarité, dont il faut faciliter les modalités pratiques (temps consacré, projet, travaux personnels encadrés…). et qui (…)permettent une initiation à la complexité…3. des actions conduites en partenariat avec les acteurs territoriaux qui sont de nature à enrichir la démarche et les supports. Elles privilégient les projets concrets, l’approche terrain et la découverte de la nature, de l’environnement local, rural, urbain, industriel. »… car…« L’éducation au développement durable doit (aussi) reposer sur une approche empirique et sensible. » (…) « L’établissement est l’espace privilégié de l’éducation au développement durable dont il devient le premier lieu et objet d’application. Tous les établissements sont ainsi invités à entrer en démarche globale de développement durable (E3D), notamment par la mise en oeuvre d’agendas 21 scolaires »

Jacques Bregeon insiste sur des pistes déjà explorées :
*Le partenariat dont une Charte doit dessiner les contours…
*Les disciplines … « doivent poursuivre l’effort d’intégration qui est déjà engagé, notamment par l’histoire et la géographie, les sciences de la vie et de la Terre, les sciences économiques (et sociales), l’éducation physique et sportive… »
*La co-disciplinarité institutionnalisée : « l’expérience de l’enseignement agricole est précieuse en ce domaine. »
*« La démarche doit donc être activement soutenue par les plus hauts niveaux »

Il s’agit donc d’un appel au renforcement de la mobilisation dans la perspective ouverte par la circulaire de 2007. Mais sur quelles bases concrètes ?


L’exigence de moyens réels

J Bregeon souligne l’exigence de MOYENS spécifiques.
« Le déploiement de l’éducation au développement durable ne pourra se faire sans l’affectation de ressources humaines compétentes, sans des crédits temps importants et sans budgets. »
« La formation de formateurs doit permettre de répondre à la raréfaction programmée des experts et autres « sachants » ou « communicants » qui ont été mobilisés jusqu’à présent et qui ne seront plus disponibles en raison d’une demande croissante. »
... d’où une mobilisation de toutes les forces disponibles… de l’éducation formelle… …à l’Université (invitée à développer des Chaires spécialisées en EDD)… au monde associatif…en passant par les nombreux partenaires. Mais des « certifications », des labellisations seront nécessaires…

La question financière est posée à travers le redéploiement des moyens des parties concernées …(ça…on connaît !) mais aussi par la création d’une « Fondation nationale pour l’éducation au développement durable (FNEDD) » qui pourrait dépendre de la fondation de France. De grandes entreprises très engagées dans le développement durable pourraient ainsi apporter leur soutien à cet effort national sans être suspectes d’ingérence dans l’éducation des enfants. (ça…c’est nouveau ! Là on attend des noms de sociétés ! Seront-elles « certifiées » ou « labellisées » ?...et par qui ?)


Culture de résultat ? chiche !

Un suivi de cette mise oeuvre est nécessaire :
« Plusieurs groupes de travail sont à mettre en place pour assurer le suivi des propositions selon un calendrier serré mais respectant les conditions nécessaires à une bonne mise en oeuvre. (…)
Le groupe de travail le plus urgent est celui consacré aux aspects budgétaires et à l’analyse des ressources. (…)
Un calendrier des manifestations à venir sur l’EDD sera dressé de façon à pouvoir s’appuyer sur celles-ci pour maintenir la dynamique créée par le groupe de travail »

Le risque d’effets médiatiques…en contrepoint de la réalité !
Ce jour même où les médias se saisissent des travaux du GTEDD…on lit dans un texte du Recteur de l’Académie de Grenoble relatif « à la préparation de la rentrée 2008 » les phrases suivantes : « … la suppression de 270 postes enseignants du second degré dans l’Académie de Grenoble »… « J’ai …souhaité que certains enseignements ou dispositifs soient revus dans leur organisation et leur finalité »…et il précise « En collège, vous disposez d’heures libres pour faire face aux besoins divers de vos élèves :…2 heures d’itinéraires de découverte (*) en 5 éme et 4 éme. Je souhaite que ces heures servent avant tout à mettre en place des dispositifs de soutien et d’accompagnement aux élèves les plus en difficultés »… « Aussi, la moitié des IDD ne sera plus attribuée dans la DHG »
Or, les IDD sont particulièrement désignés (avec les TPE, PPCP,…) tant par les IGEN responsables de l’EDD au niveau national que par les responsables académiques de l’EDD, comme les dispositifs à utiliser pour le travail interdisciplinaire en EDD !!!
Consultations…Rapports…discours…mots…d’un coté médiatique ! Autres mots…autres discours…autres choix… du coté du terrain et de l’action !...une forme bien contradictoire de gouvernance !

Après avoir supprimé des heures d’enseignement dans diverses disciplines …pour les affecter librement à des activités ou des dispositifs divers tels que les IDD…on assiste maintenant à la disparition des heures affectées à ces dispositifs…C’est le danger que le Snes Fsu avait très largement dénoncé…Regrets d’avoir raison… !
Nous avions souligné l’intérêt et l’efficacité des modalités appliquées dans l’enseignement agricole en EDD…où 4 professeurs de 4 disciplines différentes travaillent en même temps (même emploi du temps), sur un même thème inscrit dans l’emploi du temps élèves et dans l’emploi du temps des locaux. Les conditions d’un vrai travail interdisciplinaire ou de projet pouvaient être ainsi établies. L’adaptation de ce type de dispositifs aux Collèges et Lycées …est évidemment plus coûteuse que la suppression simple des heures de cours !!!!
Suppression de postes…suppression de dispositifs favorables à l’EDD…le terrain s’ouvre-t-il pour « sous traiter » à des organismes extérieurs à l’Education Nationale les missions de celle-ci… dont l’EDD. On appelle ça…dans les entreprises, l’externalisation.
Affaire à suivre…

* IDD

JP Robin, représentant de la FSU au GT EDD J Bregeon

Le rapport Brégeon in extenso

Interview de Jacques Brégeon au journal Ouest France le 31 janvier 2008

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