Archives 2002-2005

Le colloque parlementaire de Mme Tharin

Compte rendu des premières rencontres parlementaires sur l’éducation : « Mieux orienter les élèves » organisées par
Irène Tharin - députée du Doubs

Ces rencontres ont eu lieu à Paris (Immeuble CHABAN-DELMAS) le mardi 29 novembre 2005.
350 personnes environ y participaient, forte présence de personnels d’orientation (COP, DCIO, IEN/IO, CSAIO) mais aussi de chefs d’établissement, de représentants d’organismes privés de formation ou d’orientation. Une plaquette du cabinet SMBG était d’ailleurs distribuée de manière officielle à l’entrée du colloque.

Irène THARIN, députée du Doubs, a présenté le colloque en rappelant que son rapport avait suscité un « intérêt soutenu » du Premier ministre qui avait demandé au Ministre de l’éducation nationale de mettre en place un « schéma national d’orientation ».
Elle a indiqué que 20 000 personnes travaillaient en France sur l’orientation (5000 COP (baptisés « chevilles ouvrières de l’orientation »)) des professeurs principaux, les missions locales, le réseau des chambres consulaires ...) en déplorant que ces acteurs se rencontrent peu et l’absence de synergie.

Elle a rappelé ses 44 propositions et notamment :

Ø un renforcement de l’EAO au collège, au lycée, à l’université avec des modules obligatoires,

Ø un recrutement diversifié des COP (tout en maintenant le statut !)

Ø des permanences dans les mairies avec des partenaires (renouveau et dynamisme).

Elle a signalé que ces deux dernières propositions avaient été reprises dans le rapport des inspecteurs généraux.

La première table ronde était présidée par
Jean-Claude CARLE, sénateur de la Haute Savoie qui a introduit en définissant une « bonne orientation » comme une triple réponse :

Ø réponse sociale : le désir du jeune et de sa famille

Ø réponse aux besoins économiques de la nation

Ø réponse d’éducation à travers une offre répartie sur le territoire.

Claudine PERETTI, directrice de l’évaluation et de la prospective (MEN), a rappelé les différentes études sur l’évaluation du système éducatif et le lien formation-emploi.
Elle a souligné que le diplôme constitue la meilleure garantie contre le chômage, que le niveau de formation d’une population constitue une dynamique, que les objectifs des lois d’orientation (80 % au bac et 100 % avec au moins un diplôme de niveau V) stagnaient depuis 10 ans.

Elle a indiqué que les propositions d’amélioration devaient se situer autour de 4 axes :

Ø renforcer les apprentissages de base (notamment la lecture)

Ø associer les familles (car toutes les études montrent l’impact positif sur les résultats)

Ø mettre en place du soutien individualisé et personnalisé

Ø mieux orienter (en luttant contre les disparités sociales et les abandons).

Jean-Marc GOURSELAIS, chef du service formation à la DESCO (MEN), a insisté sur la polysémie du mot orientation : s’agit-il des procédures, de l’affectation, de l’information-conseil (cœur du métier pour les COP) des flux d’élèves ??
Il a rappelé que les écarts entre académies étaient très importants (Lille et Rennes), l’importance de l’EAO (pas encore concrétisée sur le terrain) et de la DP3.

Guy GEOFFROY, député de Seine et Marne, a indiqué que la loi Fillon avait pour objectif la réussite de tous les élèves avec une volonté de personnalisation, qu’il ne fallait pas supprimer le collège unique qui ne devait pas être un collège uniforme (non à l’acharnement pédagogique), qu’il fallait positiver la connaissance des métiers et rendre les passerelles de plus en plus nombreuses.

Bernard KUNTZ, président du SNALC, a rappelé que la finalité de l’éducation était la transmission des savoirs et que tous les autres objectifs étaient annexes, qu’il fallait reconnaître toutes les formes d’intelligence et avoir le courage de mettre en place des classes de profil (il ne faut plus succomber au mythe de la pédagogie différenciée). Il a approuvé l’apprentissage à 15 ans.

Muriel MARLAND-MILITELLO, députée des Alpes Maritimes, s’est livrée à un vibrant plaidoyer en faveur de l’éducation artistique et culturelle. Elle a regretté l’absence de ces enseignements dans le socle commun (tout en justifiant son vote de la loi Fillon). Elle a indiqué que ces formations permettaient à l’enfant de mieux se connaître et donc de mieux s’orienter.

Thierry REYGADES, secrétaire national du SNES, chargé des enseignements technologiques et de la formation professionnelle, participant à la première table ronde a décrit avec originalité et conviction les parcours d’orientation de 2 élèves de BTS (Christophe et Chloé) en insistant sur le rôle complémentaire des 3 voies de formation (générale, technologique et professionnelle) et sur la mission complexe des CO-Psy dans l’accompagnement des jeunes
adolescents (trop peu nombreux !).

Eric RAFFIN, président de l’UNAPEL, a rappelé le rôle important des parents d’élèves et a souhaité une plus large autonomie des équipes éducatives.

De nombreuses questions ont été posées par la salle à l’issue de cette première table ronde.

Le SNES (Jean-Marc CHATELET) a souligné que les 44 propositions du rapport ne se basaient sur aucun constat réel (aucune visite de CIO, même pas celui de Montbéliard) mais sur des jugements de valeurs concernant les CO-Psy, que les propos tenus au début du colloque : « COP chevilles ouvrières de l’orientation » étaient très différents de ceux du rapport : « manque de professionnalisme ».
Des contacts directs avec les CIO auraient pu éviter à Madame Tharin de faire des propositions déjà existantes (stage en entreprise des CO-Psy, affectation informatisée, ...).

Le SNES a rappelé son attachement au titre de psychologue qui se situe dans la logique de l’évolution de notre profession et est indispensable pour l’accomplissement de la totalité de nos missions statutaires.
Des collègues COP et DCIO ont poursuivi en rappelant le manque de sérieux de ce rapport, les suppressions de postes et la faiblesse du recrutement, l’asphyxie financière des CIO, la nécessité d’une rénovation et le refus du statu quo (postes, moyens, statut des CIO).

Gilles DE ROBIEN, Ministre de l’éducation nationale, a clôturé les travaux de la matinée en déclarant qu’il fallait donner aux élèves et aux étudiants les moyens de mieux s’orienter, qu’il était inadmissible que 400 000 offres d’emploi soient non pourvues, alors qu’il s’agit de métiers techniques et manuels qualifiés et rémunérateurs.
Il a confirmé que le Premier ministre lui avait confié le soin d’établir un schéma national d’orientation qui s’appliquera du collège à l’université.
Il a souligné le succès considérable de la DP3 et terminé longuement son exposé par le nouveau dispositif d’apprentissage junior.
Le ministre a dû répondre à un participant sur la réalité de l’insertion après un contrat d’apprentissage, notre collègue COP ayant en main le dernier document du CEREQ n° 223 « l’apprentissage : une idée simple, des réalités diverses ».

Les travaux de l’après-midi ont été ouverts par les interventions de deux ministres :
Gérard LARCHER, ministre du travail et de l’emploi, a surtout évoqué l’orientation des étudiants, il a souligné le lieu entre orientation et échec universitaire (40 % en L1). Un bureau des stages devra être mis en place dans chaque université, l’ANPE devra recenser ces stages.
Il a terminé en développant l’apprentissage junior (500 000 apprentis en 2009 - contrats d’objectifs définis avec les régions).

François GOULARD, ministre délégué à l’enseignement supérieur, a précisé que l’université avait beaucoup évolué et s’était professionnalisée, mais que l’orientation n’avait pas atteint ces objectifs, qu’il y avait des doutes, des erreurs dues à un déficit d’information.
Chaque université devra mettre à la disposition de tous, ces statistiques de réussite et d’insertion. C’est un droit élémentaire.
Chaque université devra travailler avec son territoire, notamment avec les lycées.
Il a souhaité un nouvel équilibre dans les admissions en BTS, et des réorientations possibles.

Jean-Marc MONTEIL, directeur de l’enseignement supérieur (MEN), a souligné les liens nécessaires entre les formations universitaires et l’emploi. Il a indiqué qu’il y avait hier un cadre normé et national pour ces formations, mais qu’aujourd’hui les contenus étaient définis par les universités elles-mêmes et que les formations LMD étaient bien mieux en prises avec le réel et permettaient des essais/erreurs.

Yvan LACHAUD, député du Gard et porte parole du groupe UDF, sur les questions d’éducation a souligné les effets pervers d’une massification mal maîtrisée. Il s’est demandé s’il fallait revenir sur le collège unique, en précisant que les enseignants l’attendent.

Bernard HUGONNIER, directeur adjoint pour l’éducation à l’OCDE, a insisté sur le paradoxe français (sous utilisation du capital humain et pourtant 6e producteur mondial).
Il a décrit les différents services d’orientation européens en insistant sur les conditions nécessaires :

Ø les conseillers doivent être de véritables professionnels (il a cité la qualification de psychologue)

Ø leurs missions doivent être centrées sur l’information, cela implique aussi des conseils individualisés, du suivi, la mise en place de projets et bien entendu une évaluation.
Il a souligné les dangers d’une différenciation trop précoce qui aboutit à une ségrégation et rejeté les formations trop pointues qui conduisent à des impasses.

Jean-Marie BINETRUY, député du Doubs et enseignant de LP, a rejeté la discrimination positive et plaidé plutôt pour une prise en compte positive de la personnalité de chaque jeune.

Nicole CATALA, présidente du CIDJ, a précisé le droit au conseil en orientation et à l’information inscrit dans la loi. Elle a présenté les documents et les outils du CIDJ.

Hervé DE MONTS DE SAVASSE, directeur de l’ONISEP, a rappelé que l’ONISEP est un éditeur public au service du public.
Il a déclaré devoir s’adresser à différents types de public :

Ø les hyper informés

Ø les élèves en difficulté, qui n’ont pas de contact direct avec les revues et pour lesquels l’information doit circuler grâce à un médiateur.

Il a rappelé la difficulté d’informer sur les métiers (l’avenir n’est pas toujours lisible, un collégien doit avoir un horizon de 8 années ...).
Il a souligné l’importance de la DP3/DP6 et les efforts accomplis par l’ONISEP dans ces dispositifs.

Olivier ROLLOT, directeur de la rédaction du groupe « l’Etudiant », a rappelé les 400 000 offres d’emploi non satisfaites, a souhaité pouvoir ouvrir les possibilités et reconnaître les points forts de chaque jeune.
Il a insisté sur l’accent mis par son groupe dans les salons et les conférences.

Quelques questions de la salle ont clôturé cette deuxième table ronde :

Ø de la FCPE sur les périodes de stage pendant les vacances

Ø du CNED : pourquoi ne pas utiliser les réseaux du CNED ?

Ø de l’ACOP (JL. Brun) sur la nécessaire individualisation de l’information, mais se demandant comment faire de l’accompagnement individuel quant on compte un COP pour 18 000 étudiants

Ø de la directrice d’un centre d’orientation privé qui poussée par la salle a dû indiquer que le prix d’un bilan d’orientation était de 385 € !

La parole a ensuite été donnée à GORDON MC KENZIE du « department for Education and skills » de Grande-Bretagne qui a décrit un dispositif destiné aux jeunes britanniques non scolarisés de 16 à 18 ans (25 % des jeunes).
Ce dispositif comporte un soutien financier avec une allocation de maintien de scolarité (45 € par semaine) et un service « connections » qui a remplacé les CIO anglais par des conseils plus larges (genre CIDJ).
Chaque jeune a un conseiller personnel qui le soutient dans ses acquis scolaires qui pratique également du soutien psychologique et l’aide dans ses démarches (logement, santé, ...).

Ce compte rendu (volontairement sans commentaires) a été rédigé par les collègues COP et DCIO du collectif national SNES qui s’étaient fortement mobilisés pour ce colloque.
Le SNES a pu retenir le ministre De Robien quelques minutes après son intervention. Il lui a fait part de l’énorme inquiétude des CO-Psy et DCIO après la publication des rapports Tharin et Inspection Générale, et a demandé une audience spécifique que le ministre a accepté.
Un courrier a été envoyé au ministre par le secrétariat général du SNES le 2 décembre ; nous devrions être reçus début janvier.

Que penser de ce colloque ?
Il semble que le discours tenu par Irène Tharin s’est légèrement modifié, elle ne critique plus ouvertement les COP, souligne leur utilité, la faiblesse de leurs effectifs. Elle a déclaré au SNES avoir été submergé de coups de téléphone de ses collègues députés UMP et UDF déplorant les attaques contre notre catégorie (il s’agissait d’initiatives du SNES et de
l’ACOP-F qui avaient demandé aux COP et DCIO de s’adresser à leurs députés).

Cependant, même si Madame Tharin souhaite maintenir le dialogue avec le SNES, elle ne renie rien de ses 44 propositions et ne se remet nullement en cause.
Les 3 ministres qui se sont succédés à la tribune ont tous souligné la qualité du travail accompli par la parlementaire et la nécessité de le prendre en compte pour redéfinir l’avenir des services, et pourtant à part les propositions n° 3 et n° 4 sur l’apprentissage, aucune des 42 autres n’a été ni reprise, ni approfondie par aucun des participants.
Depuis, les événements se sont précipités, avec notamment, la consultation des recteurs et des CSAIO sur les différents scénarios d’évolution des CIO, la conférence de presse du Premier ministre du 1er décembre sur la création (sic) d’un service public de l’orientation, la désignation d’un délégué interministériel à l’orientation et à l’insertion professionnelle, la mise en place de comités régionaux de l’orientation, les académies de Versailles, Bordeaux, Caen et Strasbourg étant expérimentales.

Nous appelons tous les COP et DCIO à la plus grande vigilance, discutez-en dans les CIO, mobilisez-vous, faites-nous part de vos réactions sur cio@snes.edu

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