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Un film de Mohsen Makhmalbaf (Allemagne-Angleterre-France)

"Le Président" Sortie en salles le 18 mars 2015

Le Président a tous les pouvoirs dans ce pays que Moshen Makhmalbaf a voulu imaginaire, mais qui pourrait être un condensé de tous ceux qui, par un soulèvement du peuple, ont renversé une dictature en place.

culture/cinémaLe Président qui veut faire de son petit-fils de cinq ans, déjà rodé au mécanisme du pouvoir, son successeur, l’initie de façon ludique à l’ivresse que procure la possibilité de décider de tout, comme sur un simple coup de téléphone, plonger dans le noir total la ville à leurs pieds.

Pourtant, alors qu’il semble au zénith de sa gloire, le peuple se soulève soudain contre les abus de la dictature et le Président et son petit-fils, pour fuir les menaces dont ils sont l’objet, en sont réduits à se grimer en musiciens de rue.
C’est ainsi que, devenus des saltimbanques, ils sont confrontés à la misère, à la souffrance et à la haine que le Président a suscitées.

Mohsen Makhmalbaf a choisi comme trame pour conduire son sujet, la fable, le récit stylisé avec tous les risques que représente cette option.

Puisqu’il s’agit d’une fable le récit peut dans son déroulement faire fi de tout réalisme. Ainsi, pour son ouverture, le film passe, presque sans transition, d’une scène ludique entre le président et son petit-fils, au soulèvement du peuple.

Dans la première scène, on est dans l’univers du conte et dans la deuxième, on assiste à une émeute très réaliste, débordant les forces de l’ordre et obligeant le Président, lâché par son fidèle chauffeur, à prendre la fuite.

Avec la fuite du vieil homme et de son petit-fils, le spectateur est plongé de nouveau dans l’univers du conte quand les deux fuyards sont obligés de se vêtir de haillons pour devenir méconnaissables.

Il s’agira, bien sûr, de confronter le dictateur à des situations qu’il a lui-même induites, de misère et de souffrance.
Mais Mohsen Makhmalbaf ne s’en tient pas à la prise de conscience d’un homme puissant soudain réduit à l’errance. Il a voulu respecter le déroulement douloureux de l’après-printemps arabe et doubler son propos de la difficulté à une démocratie de se mettre en place.
Démontrer que la destitution par le peuple d’un dictateur ne débouche pas sur l’avènement d’un régime démocratique l’a conduit à des séquences réalistes et de cruauté mais aussi à des moments mélodramatiques qui seraient parmi les plus réussis du film, s’ils n’étaient hors sujet et d’une autre tonalité encore. Ainsi cet homme qui a connu la prison, qui a échappé à cinq années de tortures et qui lorsqu’il retrouve sa maison, voit sa femme remariée, mère d’un bébé de six mois.

Toutes ces nuances qui marquent le récit, allant jusqu’aux ruptures de ton, donnent à ce "Président" un côté décousu, hétéroclite qui n’est pas sans charme. D’autant que le film bénéficie d’une interprétation convaincante et que le travail sur le photographie est particulièrement soigné. Les couleurs de l’image s’assortissent au déroulement du récit

Un cinéma inhabituel et à ce titre-là , un film qu’on peut aller voir.
Francis Dubois

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