Partages d’expériences

Le Musée du Sable , Les SABLES D’OLONNE Un projet éducatif du collège Jean Monnet CHATEAU D’OLONNE Article du groupe EDD du SNES,octobre2006

Un projet « bâti sur... du sable » !!!

En recueillant quelques échantillons de sable de toute la planète il y a quelques années dans un collège, qui aurait pu penser qu’un projet de Musée du sable, projet encore unique au monde, verrait le jour et se concrétiserait dans la région des Sables d’Olonne, en Vendée ?

Issu d’une démarche originale, bien inscrit dans le tissu local par ses initiateurs et acteurs, ce projet a su mobiliser des partenaires de tous horizons, séduits par cette nouvelle offre dans le paysage culturel, scientifique, pédagogique, touristique, économique, industriel , naturel ...


Mais comment en est on arrivé là ?

Il faut remonter en 1989, nous sommes en Vendée et, après 20 années de dossiers, projets successifs de création et recherche d’implantation d’un nouveau Collège dans le Pays des Olonnes, un établissement ouvre enfin ses portes, au Château d’Olonne. Quelques temps plus tard, il sera officiellement « baptisé » Collège Jean-Monnet. L’équipe pédagogique, les élèves et leurs parents, issus de ‘l’ancien « 1er cycle » du Lycée des Sables d’Olonne, très combatifs quant à cette réalisation nouvelle, se retrouvent avec un « plein » d’énergie très disponible.

Dans ce contexte pédagogique favorable, un article de presse (mai 1989) relate une initiative de la Jeune Chambre Economique des Sables d’Olonne : créer, aux Sables d’Olonne, un Musée Mondial des Sables Côtiers ; mais avec les collaborations souhaitées de partenaires locaux.

Personnellement séduit par cette idée, je rencontre des représentants de cet organisme et propose de sensibiliser des élèves, collègues, à ce projet.

Très rapidement, un groupe d’élèves se détermine et deux autres enseignants (Techno, EPS) acceptent d’animer les activités à mettre en place dans l’établissement.

Les cadres institutionnels utilisés seront, à cette « époque », le Foyer Socio Educatif (activités de clubs) et un 1er PAE mis sur pied, en urgence ...

Un partenariat vient donc de naître à l’intérieur du Collège (élèves, enseignants, administration) en même temps qu’une coopération s’institue avec la Jeune Chambre Economique.

La collecte d’Echantillons de sable

Le Collège voit affluer rapidement des centaines d’échantillons du monde entier. C’est la concrétisation visible du démarrage du projet.
Mais il faut repérer, répertorier, conditionner ... ces petits cailloux ... et pourquoi pas les étudier ? Une nouvelle dimension apparaît dans les activités : la dimension scientifique !
Déjà, les rencontres « JCE-Collège » mettent en évidence que le « Musée » projeté n’ouvrira pas tout de suite et qu’une simple (même magnifique !) exposition serait trop réductrice par rapport à tous les domaines d’exploitation contenus dans ce thème, banal, mais ô combien riche, divers et infiniment déclinable !

Alors, il faut valoriser ce 1er travail de lancement du projet. Tous les acteurs préparent alors l’inauguration d’un Mini-Musée du Sable au Collège. Ce sera en juin 1990, dans une salle mise à disposition par l’Etablissement. La première exposition d’échantillons de sables est donc présentée : l’aménagement (mobilier de récupération restauré, signalétique des présentoirs, récipients ...) a été réalisé par les élèves qui s’approprient ainsi un peu plus le projet.

Malgré la bonne volonté des deux partenaires (JCE-Collège), le dossier définitif de création du Musée bute sur l’un des sites d’implantation envisagés, qui est refusé pour cause de ... « Guerre du Golfe » !! (Bâtiment des Phares et Balises ...). Et l’exploitation du contenu du futur Musée dévoile une grande diversité de facettes ...

Alors, on « repart » pour une nouvelle année scolaire ! Ce sera un 2ème PAE ! Cette fois, une occasion de valoriser les activités des élèves se présente avec la participation à la 1ère ExpoScience Régionale des pays de la Loire, à la Roche sur Yon, en avril 1991. (Une trentaine d’élèves préparent l’évènement et, par rotation sur le stand, présenteront le projet du Musée du Sable et la désormais célèbre « mémoire des grains de Sable ».
Grâce au concours technique d’une entreprise voisine (Les Codes Rousseau), les supports (affiches, audio, vidéo ...) illustrent les propos des animateurs.

Un diaporama avec bande musicale originale (professeur d’éducation musicale) et un commentaire (2 élèves) est enregistré dans les studios de cette entreprise.
A l’issue de la manifestation, le projet est récompensé par le prix des Visiteurs et le 1er Prix ExpoScience Regionale qui lui permet d’être sélectionné pour représenter la Région et la France à l’ExpoScience Internationale de Prague, en juillet 1991 (Aide financière pour 4 jeunes et 1 adulte).

Qui sera du Voyage ?

Ce sont 23 élèves (avec accord des parents) qui souhaitent présenter leurs recherches en République Tchèque. La décision est prise : tous les volontaires pourront s’y rendre si ... on trouve le budget, bien sûr !
Alors « branle-bas de combat » au Collège et dans les environs !
Elèves, parents enseignants ... se mobilisent et les aides parviennent de toutes parts : Ville du Château d’Olonne, Inspection Académique, (qui racle les fonds de tiroirs), Entreprise du Bâtiment Milcendeau (un directeur « ancien élève », c’est très précieux !), Super Marché U (ancien parent d’élève), Banque Populaire (partenaire personnel tennis), Laboratoire Médical (sans contrepartie) ...
Une grande souscription est lancée, un tirage des lots fournis par les commerçants et récupérés par les élèves, se fera le 21 juin 1991, au Collège, dans le cadre d’une grandiose Fête de la Musique.
Le budget prévisionnel est largement bouclé !

Une très belle ExpoScience Internationale à Prague, beaucoup de rencontres (200 projets de 37 pays) et les Collégiens vendéens sont à nouveau récompensés par le « Prix Spécial Unicef ».

Le retour au Château d’Olonne restera dans les mémoires, puisque la ville a organisé une réception avec les parents et la presse. Beaucoup d’articles fourniront au projet le 1er grand retentissement qui sera confirmé par une cérémonie officielle au Collège, à la rentrée scolaire, avec tous les acteurs et partenaires.

La collaboration, cristallisée autour de cet événement, n’en restera pas là ! Elle va se consolider, générer d’autres partenariats, à l’intérieur du collège et dans son environnement humain et économique !

Cette reconnaissance « officielle » de l’intérêt du projet dans et hors de l’établissement, des capacités des élèves et de leurs enseignants à se lancer et réussir dans leur démarche, offre une ouverture « débordante » aux activités.

A partir de ces premières expériences (PAE successifs), l’Institution va même solliciter l’enseignant coordinateur du projet pour guider les chefs d’établissements et les collègues du second degré du département dans des montages de PAE, puis de projets d’établissements (« prof PAE »).
Ce même enseignant devient en même temps, le correspondant culturel scientifique et technique de la division de l’action Culturelle du Rectorat de Nantes !
Témoigner, oui ! Mais devenir ainsi « conseiller », le parcours est vraiment raccourci ! Enfin, le projet du Musée du sable sans le faire paraître, peut devenir un « partenaire »indirect (témoin) d’autres projets scolaires !

Les activités se multiplient au collège avec une intensité exponentielle : plus de 100 élèves participent alors aux clubs qui se sont créés sous la responsabilité d’enseignants ou d’élève plus anciens (réception des sables, classement, conditionnement, conservation, communication, remerciements, scientifiques (2équipes), bricolage, poésie, recherches littéraires ...) .
A noter que la collaboration des enseignants (SVT : 2, Math : 1, Histoire géo : 1, EPS : 2, Techno : 1, Français 2) s’effectue parfois dans un domaine qui ne correspond pas à celui de leur enseignement.

Des partenaires du Monde de la Recherche !

Il devient nécessaire de se rapprocher de « spécialistes »du sujet sous ses deux déclinaisons : MUSEE et SABLE !
Pour la seconde, une rencontre avec Yves BODEUR, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences de Nantes, sera, elle aussi, déterminante avec l’acceptation de collaborer en « alimentant » la Collection et rencontrant les élèves impliqués. (Depuis, Yves Bodeur m’a avoué qu’a l’issue de cette première rencontre, il s’était quand même demandé s’il n’avait pas affaire à un projet un peu farfelu !

Création d’un Atelier Scientifique et Technique

Outre le cadre du FSE et des PAE, le projet va désormais, utiliser celui du CNRS de Rennes (Equipe de Daniel BIDEAU ), des activités vont être menées et s’appuyer,chaque année sur un thème dégagé de l’environnement local, ou, bien sûr, le SABLE sera le matériau étudié.
Ainsi, la plage de Tanchet (la plus proche du collège) sera l’occasion de collectes de grains qui seront comparés à ceux d’autres plages.

- La plage des Présidents (Sables d’ Olonne) livrera, tout au long d’une année, par des mouvements d’envergure, ses secrets inscrits à sa surface ou dans ses profondeurs .Que d’observations, mesures, forages, collectes et photos effectués sur place puis décodés au collège ! Et les 2 repérages, cette année là, pour le « 13 heures » de TFI et « Thalassa » !!!

- Les dunes du Veillon (Talmont) subiront aussi les respectables assauts d’une autre promotion de jeunes chercheurs et quel spectacle, désastre, quand, à la rentrée de janvier 2000, ce sont 80m de longueur de cordon dunaire et 20 m en largeur qui ont disparu, suite à la tempête de fin décembre 1999.

- La vie dans les déserts de sable « occupera » un groupe, une autre année, après une rencontre avec Edmond Bernus, chercheur émérite à l’ORSTOM (IRD depuis).

- Et si la grande plage des Sables d’Olonne disparaissait ? Profitant des inquiétudes affichées localement devant cette menace, une équipe très dynamique de l’atelier, mesure les déplacements du sable sur le site, collecte et étudie, au laboratoire les informations recueillies. Une excellente occasion aussi de coopérer avec les techniciens du système ECOPLAGE (un système installé sous la plage) et de rencontrer un responsable qui a pu retracer l’historique du lieu ! Et une autre quand M.Fattal et sa collaboratrice (de l’Université de Nantes) viennent aux Sables d’Olonne pour effectuer des relevés altimétriques grâce à des mesures assistées par satellites !

- Et le groupe 2000/2001 qui déléguera 2 jeunes filles pour la « Mission Mauritanie » ! Accompagnées d’un enseignant, d’un chercheur de Nouakchott (et CNRS Rennes) et de journalistes scientifiques (Ca m’intéresse, Euréka, Sciences et Vie Junior, Figaro ...) elles pourront témoigner des catastrophes engendrées par les déplacements gigantesques de sables dans le désert mauritanien.
Les spectacles sont grandioses mais édifiants ! Des océans de « vagues » de sable ; des oasis étouffées par les dunes ; des habitations ensablées ; des habitants rencontrés désappointés mais fatalistes ; les jeunes côtoyés échangeant, en écrivant et dessinant sur le sable recouvrant des maisons ; des contacts effectués ( Etablissement scolaire, Faculté des Sciences de Nouakchott ) et, au retour, tous ces souvenirs restitués au groupe demeureront des moments forts qui ont largement débordé le cadre de l’atelier !

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