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Un film de Wang Quan An (Chine)

"La tisseuse" Sortie en salles le 24 février

Lily n’est pas une femme heureuse. Ouvrière dans une usine de tissu, elle subit l’autorité aveugle de ses chefs. Mariée depuis dix ans avec Xu Xiao-Guang, un homme pourtant compréhensif et dévoué, elle ne s’est jamais totalement guérie de sa rupture ancienne avec Zao Luhan. Elle a un petit garçon doué pour la musique mais cet environnement affectif lui est plutôt pesant.
Un jour, Lily a un malaise et des analyses médicales détectent une leucémie qui nécessiterait un traitement bien trop onéreux pour qu’elle puisse y prétendre. Elle décide alors de partir en voyage, de rencontrer une dernière fois Zao Luhan et d’avoir avec lui des explications sur des zones restées obscures de leur relation d’autrefois.
Deux souvenirs qui remontent à l’enfance du réalisateur, sont à l’origine du projet de "La tisseuse". Celui des ouvrières des usines de tissage qu’il a connues heureuses et fières et qu’il voyait s’égayer dans les rues après leur journée de travail quand il était gamin. Et celui, quelques années plus tard, de ces mêmes ouvrières après les fermetures successives de leurs usines, obligées d’aller danser avec des clients, dans des dancings sordides, pour arrondir des fins de mois difficiles.

Wang Quan An a choisi un réalisme au plus près des personnages et des situations, pour conduire le sujet de son film. Les séquences d’ouverture nous montrent dans des plans serrés sur l’héroïne, les conditions de travail devenues inhumaines et la courte marge de contestation dont disposent des ouvrières qui, pour avoir une chance de conserver leur travail, sont prêtes à s’accommoder de l’autoritarisme dont font preuve les petits chefs. A la maison, l’atmosphère est tendue, menacée par la précarité qui guette. Xu Xiao-Guang a perdu son travail et a dû se reconvertir dans la vente de poissons, une activité à peine lucrative. Mais le couple tente de garder la tête hors de l’eau et même si ça nécessite des sacrifices, leur enfant est inscrit à des cours de piano.
Wang Quan An ne livre à aucun moment son histoire malheureuse au misérabilisme. Il ne force pas l’émotion et laisse à ses personnages, une dignité qui franchit tous les obstacles. La séquence où les maris des ouvrières licenciées, les conduisent sur leur vélo jusqu’au dancing où elles se feront payer pour danser avec d’autres hommes est filmée de façon légère comme s’il s’agissait d’une promenade collective, vers la baignade ou un pique-nique. Il filme ici la meilleure façon de s’accommoder des aléas de l’existence et le potentiel de résistance à une sombre fatalité. Il filmera avec la même pudeur et la même force retenue, le moment où le mari s’entend dire par le médecin que sa femme, compte tenu que tout traitement pour endiguer la maladie serait trop onéreux, n’en a plus que pour quelques semaines à vivre. Le voyage qu’entreprend la jeune femme condamnée pour retrouver son ancien amour est de la même tenue. Cette façon de tirer vers la simplification émotionnelle toute cette charge dramatique donne au récit une fluidité rassurante qui fait que "La tisseuse " n’est surtout pas un film triste. Il est le constat objectif du tracé d’une vie qui, à défaut de connaître le meilleur, s’accommode du pire en tenant le plus longtemps possible la dragée haute à l’inéluctable.
Francis Dubois

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