Actualité théâtrale

au théâtre de l’Épée de Bois

"La nuit des rois" Jusqu’au 9 juin

Une femme déguisée en homme se met au service d’un prince qui le charge de défendre sa cause auprès de la comtesse qu’il aime. La comtesse tombe amoureuse du messager, lequel aime le prince ! Si on ajoute à cet imbroglio, des jumeaux, un prétendant éconduit, un oncle un peu ivrogne et facétieux, un clown, des serviteurs qui cherchent à se moquer et à punir de son dédain, le serviteur de la Comtesse, on a tous les ingrédients d’une comédie de Shakespeare, où le désir et l’amour jouent à cache-cache à la recherche du bonheur.

Le goût du travestissement, le jeu sur le double, l’accumulation de confusions, les quiproquos, si présents dans le théâtre de la Renaissance, sont portés à leur apogée dans cette comédie. Shakespeare y a abondamment joué de la confusion des genres, favorisée par le fait, qu’à son époque, les rôles de femme étaient tenus sur scène par des jeunes gens. Ici la confusion des genres augmente d’un cran puisque Serge Lipszyc a choisi de faire jouer la Comtesse Olivia par un homme très grand, au crâne rasé (Bruno Cadillon) et le duc Orsino par une femme (Valérie Durin). Viola est jouée par un homme (Sylvain Méallet) et son frère par une femme (Juliane Corre). La ressemblance de leur voix et de leur stature font que l’on se perd et que l’on ne sait plus qui est homme et qui est femme. Et lorsque la comédie s’achève, le second titre de la pièce What you will prend encore plus de sens. Un garçon, une fille, ce que vous voudrez, dit Shakespeare.

Crédit : Anne Rabaron

Dans un décor tout aussi chahuté que les sentiments dans la pièce, Serge Lipszyc nous fait passer du discours d’un fou à l’humeur mélancolique, qui chante la folie du monde, à la taverne où Toby et les serviteurs s’enivrent en préparant le piège qui ridiculisera Malvoglio, le serviteur de la Comtesse. Sa mise en scène, qui fait une place à la musique jouée sur scène, est en parfait accord avec l’esprit du théâtre élizabethain. Elle nous fait entrer dans un univers foutraque, où s’agitent des êtres poussés par leurs désirs et leur rêve de bonheur et nous rappelle qu’en chacun de nous se côtoient le féminin et le masculin. N’est-ce pas à l’ordre du jour en ce printemps ?

Micheline Rousselet

Du mardi au vendredi à 21h,samedi à 19h, dimanche à 16h
Théâtre de l’Épée de Bois
La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 08 39 74

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Anne Baquet, soprano en liberté »
    Une soprano à la voix magnifique, c’est ce qu’on attend, mais quand en plus elle est rieuse, joueuse, sensuelle, bourrée d’énergie et d’humour et qu’elle forme un duo très drôle avec sa pianiste Claude... Lire la suite (Juin 2017)
  • « Monsieur de Pourceaugnac »
    Á Paris Eraste et Julie sont épris l’un de l’autre, mais Oronte le père de Julie a décidé de la marier avec un riche gentilhomme limousin, Monsieur de Pourceaugnac. Pour faire échouer ce projet une... Lire la suite (Juin 2017)
  • « Colette et l’amour »
    C’est à un « cabaret littéraire » que souhaite nous convier Philippe Tesson. On pense plutôt à une conversation animée qui fait vivre le personnage de Colette et son entourage, une Colette gourmande,... Lire la suite (Juin 2017)
  • « French touch »
    Au moment où la campagne électorale a fait résonner à nos oreilles la vieille antienne de la mise en danger de notre culture par ce qui vient de l’étranger, entendez par là le Sud de la Méditerranée,... Lire la suite (Juin 2017)
  • « Liebman renégat »
    L’acteur et humoriste belge Riton Liebman (entre autre dans Polisse de Maïwenn) a choisi de parler de son père, Marcel, brillant intellectuel de gauche belge, professeur d’université, juif marxiste... Lire la suite (Juin 2017)