Actualité théâtrale

Jusqu’au 1er avril au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

« La ménagerie de verre » Partenaire Réduc’snes

« La ménagerie de verre », Tennessee Williams

Tom, le narrateur évoque les années de sa vie passées entre sa mère, Amanda, et sa sœur infirme, Laura, après le départ de son père, qui les a abandonnés en pleine crise des années trente. Laura, timide et solitaire se plaît avec sa ménagerie de verre aussi fragile qu’elle. Sa mère se souvient des fêtes d’autrefois, où elle était courtisée par de nombreux jeunes gens, et rêve d’un avenir semblable pour Laura, en refusant de voir son handicap. Angoissée par la crainte de la misère, anxieuse pour l’avenir de ses enfants, elle harcèle Tom pour qu’il présente à Laura un collègue de travail. La rencontre ne sera qu’un feu de paille. Pourtant tout ne redevient pas comme avant. Tom aura la force de partir et Laura celle de se séparer de son animal de verre préféré.

Cette pièce renvoie à l’histoire de Tennessee Williams (Thomas de son vrai nom et Tom pour sa famille) qui a, lui aussi, quitté sa mère et sa sœur schizophrène. Avant d’être une pièce, cette histoire était un scénario que Tennessee Williams, alors employé comme « rewriter » à Hollywood, avait présenté à des producteurs qui le refusèrent. Dans cette pièce il s’offre une revanche en prenant à contre-pied ce qui faisait le succès des producteurs de l’époque, une histoire à l’eau de rose qui finit bien, pour faire oublier aux chômeurs la crise. Ici la crise renvoie chacun à sa solitude. Le conte de fée tourne au désastre, Laura et Amanda restent seules, Tom ne peut que fuir pour se libérer, mais c’est au prix d’un remord infini.

Tennessee Williams n’avait pas pour intention d’écrire une pièce réaliste. Dès les premiers mots, le narrateur nous place dans l’univers de la mémoire avec ses oublis et ses exagérations. Jacques Nichet y a été très sensible dans sa mise en scène. La scène est faiblement éclairée, ce qui rend les choses un peu lointaines comme dans le passé. Tom fuit la pression familiale en se réfugiant le plus souvent possible au cinéma, ce que lui reproche sa mère. Jacques Nichet a donc utilisé le fond de la scène comme un écran. Tantôt s’y projettent des images d’un bateau ballotté par les vagues, comme dans les films qu’affectionne Tom, mais aussi comme le moyen qu’il voudrait utiliser pour fuir le présent qui l’oppresse. Tantôt la projection de légendes sur cet écran crée un double-jeu avec la parole des acteurs. Elles soulignent une expression ou une phrase, elles jouent sur un mot et détournent ce qui est dit. Le metteur en scène a aussi été très sensible à la dimension poétique de la pièce. Dans la scène finale il sait ne pas insister lourdement pour éviter de tomber dans un mélodrame réaliste. Les événements s’enchaînent sans insistance, avec fluidité et ce n’en est que plus émouvant.

Les acteurs ont un jeu varié qui suit les différentes humeurs des personnages. Luce Mouchel est la mère. Excitée au souvenir de son passé de jeune fille séduisante, emportée par sa volonté d’organiser l’avenir de ses enfants, déprimée par une réalité qui se refuse à ses rêves, elle arrive à nous émouvoir, à nous agacer ou à nous faire rire. Agathe Molière a la fragilité et la grâce de Laura. Stéphane Facco révèle un Tom douloureux et plein de contradictions. Il aime sa mère qui parfois l’agace. Il chérit sa sœur mais cherche à échapper aux contraintes qu’elles font, sans en avoir conscience, peser sur lui. Dan Artus campe un Jim très convaincant.

C’est un beau spectacle que l’on peut voir en ce moment à Aubervilliers.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 20h, mercredi, vendredi et samedi à 21h, dimanche à 16h30

Relâches exceptionnelles le 13 mars et du 20 au 25 mars.

Théâtre de la Commune

2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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