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Un film de Chantal Akerman (France-Belgique)

"La folie Almayer" Sortie en salles le 25 janvier 2012

Le nouveau film de Chantal Akerman est une libre adaptation du premier roman éponyme de Joseph Conrad.
Quelque part, en Asie du Sud-Est, à proximité d’un fleuve aux remous dangereux, un européen en perdition, poursuit ses rêves de fortune par amour pour sa fille, une adolescente rebelle, confrontée à ses premiers émois amoureux.
Cette quête poussée à l’extrême conduira Almayer à sa perte et à la folie.

© Shellac distribution

L’intérêt que Chantal Akerman nourrissait pour le livre de Conrad l’a, malgré tout, conduite à prendre beaucoup de liberté avec le déroulement d’un récit original foisonnant.
Et même, passée par le filtre de sa propre interprétation des événements, des lieux et des personnages, du tracé narratif, il y a, dans sa réalisation quelque chose de malaisé, d’embarrassé, de maladroit qui en fait à la fois, la force, le charme, pour déboucher au final sur l’impression mitigée d’une œuvre pas totalement aboutie mais assumée comme telle.
"La folie Almayer " est une histoire intime confrontée à des espaces vastes et foisonnants, des décors qu’on pourrait tout autant associer à un récit d’aventures qu’aux univers feutrés de Marguerite Duras. Quelques personnages, sortes de naufragés, égarés dans un exotisme hostile y sont à la recherche sinon d’absolu, du moins d’une justification à leur présence en ces lieux, dans des atmosphères de rivalités tendues et d’ambitions pathétiques.
Le charme du film est dans l’artifice des situations et des rapports entre les protagonistes, dans une sorte de théâtralité décalée, dans le contour tremblé des personnages saisis à la fois dans l’obsession d’un projet et dans des contradictions négatives pour le mener à terme.
" La folie Almayer " est un film captif de son personnage central, à la fois fragile et monolithique, hésitant et déterminé, sorte de présence charnelle et fantomatique.
Chantal Akerman, réalisatrice et plasticienne a, dès ses tout premiers films, tracé dans le paysage cinématographique, une ligne très personnelle allant de sa période documentaire de 2003 à 2006 à des récits opaques en passant par des œuvres linéaires totalement abouties telles que "Jeanne Dielman ", des comédies légères comme " Golden eighties " ou un détour réussi par Proust avec sa " Captive " en 1999.
" La folie Almayer" est un film qui comblera ceux qui s’y laisseront prendre, qui s’en tiendront aux méandres de la passion, à une déambulation contre-romantique et ne chercheront pas dans l’interprétation que donne Stanislas Merhar du personnage d’Almayer, autre chose que ce qu’il montre de la dégradation mélancolique d’un dandy pathétique.
Œuvre forte et dérangeante ou récit d’une déchéance feutrée ? Le choix du spectateur reste ouvert. Mais ce qui est certain, c’est que longtemps après le générique de fin, des images persistent et les plus tenaces ne sont curieusement pas les plus " spectaculaires ".
Francis Dubois

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