Actualité théâtrale

Théâtre du Rond-Point, du 3 au 27 novembre 2016

"La cuisine d’Elvis" de Lee Hall Mise en scène de Pierre Maillet.

Dans une famille au fonctionnement bancal, survient un jeune homme que la mère, femme légère, a séduit et ramené chez elle.

Sa présence dans la maison n’est pas du goût de Jill, l’adolescente de quatorze ans, boulimique bougonne et passionnée de cuisine.

Le père qui, toute sa vie, a exploité sa ressemblance avec Elvis Presley est aujourd’hui dans un fauteuil roulant, végétatif.

Que va-t-il se passer entre la mère nymphomane, anorexique et alcoolique, l’adolescente qui enfourne des tartes et s’éveille à la sexualité et un père grabataire dont le sexe est constamment en érection.

Tension et rivalité vont être conduites au paroxysme par la difficulté de choisir entre la mère et la fille, d’une espèce d’ange satanique ou d’homme terriblement ordinaire.

Théâtre : La cuisine d'Elvis

Le spectacle qui résulte de cet embrouillaminis sulfureux est tout à la fois drôle et pathétique, irrésistible et douloureux. Il est rythmé par des intermèdes chantés au cours desquels, le père ressuscité, est renvoyé à sa passion passée pour Elvis Presley. Il devient, l’espace d’une chanson,

la réincarnation de la "bête de scène", l’artiste le plus sensuel et le plus érotique de l’histoire du rock et de la pop.

"La cuisine d’Elvis " est une pièce hybride qui restitue tout ce qui peut se passer entre les quatre murs d’une pièce, entre des personnages à vif, avides, impatients, pressés de céder à l’opportunité et au désir qui leur vient.

Ils sont surpris dans leur intimité, en état d’incandescence. Mettant leurs travers, leurs secrets en lumière, ils deviennent, dans des intervalles pathétiques, les spectateurs d’eux-mêmes et de leurs agissements.

La pièce de Lee Hall relayée par la mise en scène jubilatoire de Pierre Maillet est-elle comédie dramatique ou cabaret tragi-comique ?

C’est en tout cas, un spectacle qui mélange avec bonheur différents genres théâtraux, où le même décor tient à la fois du laboratoire culinaire, de l’intérieur petit-bourgeois et de la scène de music-hall.

Et tant mieux si le sujet de la pièce est indéfini, si les ingrédients dramatiques qui le sous-tendent

vont de la haine à la jalousie, de la faiblesse du mâle pris de désir, du dégoût jusqu’à l’attirance et peut-être jusqu’à la folie des êtres quand ils sont égarés dans la solitude.

Les comédiens sont tous épatants et en sortant, nombreux étaient les spectateurs qui fredonnaient une chanson d’Elvis Presley…

Bon signe !

Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin-Roosevelt 75 008 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 44 95 98 21 / www.theatredurondpoint.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Détails" de Lars Norèn
    "Détails" est une pièce autobiographique constituée, comme son titre l’indique de détails, de petites choses qui appartiennent à la mémoire de l’auteur Lars Norèn ; qu’il a mises bout à bout comme une... Lire la suite (Février 2008)
  • Genèse n°2
    La saison dernière, "Oxygène" du tandem Ivan Viripaev/Galin était au programme du Théâtre de la Cité Internationale. Depuis, ce spectacle singulier qui avait séduit le public poursuit sa tournée dans... Lire la suite (Janvier 2008)
  • Buffo
    Howard Buten détestait les clowns. Ceux qu’il avait vus dans son enfance lui ayant semblés bêtes et laids. C’est pourtant dans un collège de clown, sponsorisé par Barnum, la première école du genre... Lire la suite (Janvier 2008)
  • "Jean la Chance" de Bertolt Brecht
    En 1919, à l’époque de Baal et Tambours dans la nuit, Bertolt Brecht écrit Jean la Chance adapté d’un conte que les Frères Grimm avaient intégré en 1819 à leur collection de contes populaires. On retrouve... Lire la suite (Janvier 2008)
  • "Arsène Lupin banquier"
    Arsène Lupin, s’il a inspiré de nombreux cinéastes et pas des moindres, des réalisateurs de télévision, a aussi intéressé les auteurs de livrets d’opérette. Maurice Leblanc et Francis de Croisset le font... Lire la suite (Janvier 2008)