La crise du travail enseignant

La crise ou mutation du métier ? (Article Dossier US octobre 2011)

Le malaise enseignant n’est pas qu’une impression floue et diffuse qui serait relayée occasionnellement par les média quand les projecteurs sont braqués sur le métier parce qu’un fait divers dramatique fait sensation.

Plusieurs enquêtes et travaux de recherches récents concourent à mettre en évidence une véritable crise du métier.

D’après l’enquête la DEPP parue en 2009, le « malaise enseignant » concerne 67% des profs, lié d’abord à l’absence de reconnaissance professionnelle et aux conditions de travail.
27% déclarent vouloir cesser d’enseigner, tout particulièrement ceux qui sont en milieu de carrière.

Le travail de recherche plus qualitatif mené par des sociologues montre une crise liée à l’intensification du travail : multiplication des tâches autres que celles d’enseignement, prescription généralisée mais confuse, difficulté enfin à faire « tenir » des situations de classe.
En somme « un métier impossible qu’il faut bien faire », dont la difficulté est liée à la mobilisation des élèves : le travail d’intéressement des élèves, afin de les enrôler dans les apprentissages, est central pour le prof ; or, quand ce travail est mis en difficulté, c’est soit un échec pour l’enseignant, soit une situation d’enseignement épuisante. Or, « le maintien coûte que coûte de la qualité du travail use les énergies. Et les professeurs, loin d’être aujourd’hui à l’abri de leur fonction, sont désormais parmi les salariés les plus atteints dans leur travail ».

Circonstances aggravantes, les ressources du « milieu » pour faire face à la difficulté semblent se réduire, l’administration est de moins en moins facilitante, et la montée de la société critique est patente : les enseignants sont obligés plus qu’avant d’exposer leur propre personne pour pouvoir gérer des situations, d’autant plus que les routines sont insuffisantes pour gérer les dilemmes quotidiens de l’activité professionnelle.

L’individualisme défensif qui a suffi pendant longtemps à gérer la protection du métier semble produire de la difficulté aujourd’hui, dans un contexte où le professionnel est de plus en plus isolé face aux prescriptions qui se multiplient et tandis que la régulation est de plus en plus locale.

La définition du « bon travail » devient plus floue, et surtout les critères de qualité du travail échappent de plus en plus à ceux qui le font. D’ailleurs, le fait que les programmes ou les pratiques pédagogiques prescrites apparaissent totalement déconnectés de la réalité du terrain est assez révélateur du dialogue de sourds entre les professionnels et l’institution qui obéit à des méthodes de plus en plus managériales.

Le SNES ne se contente pas de dénoncer cet état de fait, il travaille avec les personnels la question des évolutions nécessaires du métier, afin que celles ci ne se fassent pas contre eux et à leur dépens, mais bien dans la perspective d’un mieux être enseignant qui se conjugue avec le projet d’une école démocratique.

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