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Un film d’Andrès Wood (Chili)

"La buena vida" Sortie en salles le 17 mars 2010

Lorsque Teresa demande à sa fille de quinze ans quelle histoire raconte le livre qu’elle est en train d’écrire, celle-ci lui répond qu’il n’y a pas d’histoire, que dans son livre, c’est comme dans la vie.
La réponse de l’adolescente à sa mère pourrait s’appliquer au film de Andrès Wood où il n’y a pas d’histoire mais plusieurs moments de la vie de personnages que le hasard amènera à se croiser sans que ces rencontres ou simples frôlements n’aient d’incidence sur le déroulement de l’existence de chacun….
Teresa est assistante sociale spécialisée dans la contraception. Elle vit séparée du père de sa fille, un homme immature avec qui elle tente de garder une connivence. Alors qu’elle croyait avoir maintenu un climat de confiance entre elle et son adolescente, c’est par son ex-compagnon qu’elle apprend que celle-ci est enceinte.
Edmundo est célibataire. Il vit avec sa mère, femme imposante et castratrice. Lorsqu’il se rend à la banque pour obtenir le crédit qui lui permettrait soit de faire l’achat d’une automobile, symbole d’évasion et d’un peu de la liberté qu’il convoite, soit de renouveler la concession du caveau familial, il fait la connaissance de Paula, une jeune femme rayonnante.
Mario, un clarinettiste doué, postule pour entrer dans l’orchestre philharmonique de Santiago. Recalé par malchance, il doit se replier sur la terne formation des carabinieros.
Patricia est à la dérive. Sans travail, malade mais n’ayant pas les moyen de se soigner, elle vit dans un appartement insalubre avec son bébé.
Alors qu’il avait été sollicité par un producteur pour réaliser un documentaire sur un salon de coiffure à Santiago, Andrès Wood découvre au cours de ses recherches, un univers particulier qui d’emblée lui paraît se prêter à la réalisation d’une fiction. Edmundo devient alors le premier personnage de ce film qu’on pourrait qualifier de choral puisqu’il est une sorte d’instantané sur un moment déterminant de l’histoire de quatre individus aux prises avec les difficultés presque ordinaires de l’existence. S’il n’y a aucune commune mesure entre la solitude d’une femme prise au piège de ses contradictions, de son impuissance à conduire sa vie privée et professionnelle et celle d’une mère célibataire qui a sombré dans l’extrême pauvreté. Entre un vieux garçon saisi entre triste choix de vie et velléités salvatrices et un garçon malchanceux qui devra s’accommoder du moins bon après avoir échappé au pire, leurs comportements dictés par leur origine sociale ou familiale connaissent des moments d’humanité. Des moments où, dans un sursaut ponctuel, une force généreuse les habite, parfois totalement arbitraire, mais qui les met en accord avec eux-mêmes et leur laisse entrapercevoir ce qu’aurait été leurs vies si les circonstances qui ont guidé leurs choix aux moments cruciaux, avaient pu être favorables…
Cependant "La buena vida" n’est sombre que dans l’épisode de la jeune femme malade. Il y a dans les autres moments, une vitalité qui s’insinue, dans les regards, une lueur qui guette toujours le bout du tunnel. Un beau film digne sur la solitude et sur les limites de la générosité humaine.
Francis Dubois

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