Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 mars au théâtre de La Colline

« La bête dans la jungle », suivie de « La maladie de la mort »

À l’origine il y a une nouvelle d’Henry James adaptée pour le théâtre par John Lord. Marguerite Duras l’a elle-même adaptée en 1962 avant de la remanier en 1981, et ce choix n’a rien de surprenant, car on trouve dans la nouvelle bon nombre des thèmes qui habitent l’œuvre de Duras : l’absence d’histoire, une attente vaine, la peur de l’homme devant le féminin et la difficulté d’aimer. La metteure en scène Célie Pauthe a choisi de présenter, à la suite de La bête dans la jungle, un texte de Duras , La maladie de la mort , qui résonne avec la nouvelle de H. James.

Cette nouvelle a un côté énigmatique fascinant. Dans un château, un homme, John Marcher rencontre une femme qu’il pense avoir déjà vue. Il cherche dans ses souvenirs et déjà ses souvenirs ne coïncident pas avec ceux, beaucoup plus précis, de Catherine. Il lui a autrefois confié un secret : quelque chose d’extraordinaire doit lui arriver, qui l’attend, comme une bête tapie dans la jungle. Elle accepte d’attendre avec lui, ils se voient régulièrement, vont à l’Opéra ensemble, il fête son anniversaire, il a avec elle une grande complicité, rien de plus. Ce n’est que lorsqu’elle sera morte, que lors d’une visite au cimetière, il pleurera et comprendra enfin qu’il a perdu ce qu’il n’a jamais eu, la force d’aimer. La maladie de la mort est un texte court. Un homme paie une femme pour que chaque nuit elle s’allonge nue sur le lit d’une chambre où parvient le bruit des vagues. Il la touche, la pénètre, pleure contre elle. Il l’interroge sur son incapacité à aimer et à être aimé. Elle lui dit qu’il a la maladie de la mort et que de cela nul ne peut le guérir. On voit bien la parenté des deux textes avec cette glaciation intérieure des deux hommes, leur peur face à la violence du sentiment amoureux, leur lutte parfois contre le vide qui les emplit mais qui cède devant la crainte de se perdre dans la passion amoureuse.

Théâtre : la bête dans la jungle

La mise en scène de Célie Pauthe est remarquable. Dans un décor épuré de murs gris, signé Marie La Rocca, qui évoque les tableaux du peintre danois Vilhelm Hammershoi, les acteurs semblent se déplacer dans un espace si vaste qu’il souligne les distances. Ils parlent parfois hors champ et leur reflet s’inscrit dans un grand miroir qui ferme la scène. Les assistants qui déplacent des éléments du décor le font avec lenteur dans une douce pénombre. Pour La maladie de la mort , un grand lit occupe l’espace et le miroir devient l’écrin pour le corps nu de la jeune fille. En faisant se télescoper les deux textes, Célie Pauthe dit mettre sur le devant de la scène tout ce qui est hors champ dans La bête dans la jungle , la sexualité et le corps féminin dénudé et offert. Elle a surtout choisi des acteurs prodigieux. John Arnold est le personnage masculin des deux pièces. Narcissique, centré sur lui-même il a peur de la sexualité féminine et se refuse à aimer de peur d’y perdre son identité. Valérie Dréville révèle une subtilité de jeu étonnante. Secrète, elle cache son amour et accepte d’attendre avec John Marcher. Elle arrive à faire sentir la passion qui couve sous la discrétion de Catherine. Dans La maladie de la mort elle s’adresse à l’homme et dit ce qui se passe. Sa voix a la distance et la force de celle de Duras. Mélodie Richard est la jeune fille nue de La maladie de la mort. Elle a la beauté éclatante de celle qui incarne le mystère du corps féminin qui effraie tant son partenaire. Tous trois incarnent à merveille ce que dit Duras : la pire chose qui puisse arriver dans la vie est de ne pas aimer.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h 30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30

Théâtre National de la Colline

15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

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