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Un film de Diego Lerman (Argentine)

« L’œil invisible » Sortie en salles le 11 mai 2011

Marie Teresa, jeune femme de 23 ans, assure les fonctions de surveillante au Lycée National de Buenos Aires, une école qui forme les futures élites de la nation.
L’action du récit se situe en mars 1982, une époque où la dictature militaire est fortement contestée et M.Biasutto, le surveillant en chef, dont le souci est de tenir ses élèves loin du mouvement contestataire et qui a remarqué les qualités d’observation et d’exigence de Marie Teresa, l’encourage à persévérer. Il l’aide, par ses conseils, à devenir à l’intérieur de l’établissement l’œil auquel rien n’échappe mais qui échappe aux regard des autres, l’œil invisible.
La jeune fille se pique au jeu. Sa surveillance devient acharnée et elle finit par régner sur ce petit univers clos avec l’obstination et l’efficacité nécessaires.
« L’œil invisible » est l’adaptation d’un roman de Martin Kohan, « Sciences morales  », paru aux éditions du Seuil en 2010 et, si le récit garde en toile de fond le contexte de dictature militaire, il traite d’autres thèmes qui s’y rattachent, la répression sexuelle, la quête d’autorité ou la décadence d’un régime.
Diego Lerman que le roman a séduit à la première lecture, est né le jour du coup d’Etat, le 24 mars 1976. Issu d’une famille de militants politiques qui, à ce titre, a souvent été persécutée, il a gardé un lien particulier avec cette période de l’histoire de son pays.
Le récit, s’il avait suivi de trop près la construction du roman, prenait le risque de la monotonie à cause de l’abondance de scènes répétitives.
Diego Lerman a fait le choix de mener son film comme une enquête en y introduisant, avec un rythme soutenu, une sorte de suspense et de dynamisme souterrains dont les ressorts échappent au mécanisme habituel. Rien de spectaculaire, mais en même temps qu’il joue sur les mouvements de caméra, le flou ou les profondeurs de champ, il introduit dans le monde rigide qu’il décrit, un climat à peine perceptible de sensualité. Il joue beaucoup également sur la singularité du personnage de Marie Teresa et sur le concept d’œil invisible qui, en dehors d’elle fait aussi référence à l’initiateur, l’intendant Biasutt ou de plus loin, à un pouvoir politique omniprésent.
L’aspect feutré du film ne dissimule jamais la violente sous-jacente d’un récit contrasté. La scène de viol, sans coupe, qui est filmée en hors champ n’en reste pas moins crue alors que la scène du coup de poignard, filmée en long plan et à distance prend une coloration narrative presque irréelle.
Dans l’histoire, tout ce qui se passe hors du lycée reste en hors champ et les dernières scènes restituant le célèbre discours de Gattieri, le dernier chef de la junte alors au pouvoir, au cours duquel il annonce au peuple que l’Argentine va annexer les Malouines, est constitué d’images d’archives. Et des manifestations qui avaient précédé, on n’entend que les échos derrière les murs du lycée.
Un film intimiste qui surprend par l’ampleur et la force de son propos politique.
Francis Dubois

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