Actualité théâtrale

au Théâtre Daniel Sorano à Vincennes

« L’homme qui rit » Jusqu’au 20 décembre

De ce roman étrange, baroque et très noir de Victor Hugo, François Bourgeat a tiré une adaptation poétique qui nous entraîne du côté du rêve, du cauchemar plutôt, où l’on affronte nos peurs primitives face à l’amer destin des hommes. Nous suivons l’histoire de Gwynplaine, un enfant abandonné après avoir été vendu et atrocement mutilé, pour des raisons politiques qui restent mystérieuses. Les hommes lui ont gravé sur le visage un rire qui va d’une oreille à l’autre, si effrayant que les spectateurs lorsqu’on l’exhibe ne peuvent que rire eux-mêmes. Ce sont des miséreux qui le recueillent, un bateleur philosophe et guérisseur Ursus et son loup baptisé Homo car il est des loups plus humains que les hommes. Il grandira dans la compagnie de Déa une aveugle qui n’est pas horrifiée par son apparence et qui l’aime. Il deviendra saltimbanque jusqu’au jour où il retrouvera son statut de lord pour découvrir la noirceur des hommes de pouvoir avant de tout perdre à nouveau.
Laurent Schuh donne à ce texte méconnu toutes ses nuances et fait revivre l’émouvante histoire de Gwynplaine. Un cercle de lumières rouges figure la piste foraine, une estrade en pente douce est tour à tour le rocher où Gwynplaine a été abandonné, la jetée qui mène au gouffre ou le pont de Londres. Un drap blanc fait office de voile du navire où s’enfuient ceux qui ont abandonné l’enfant, de pré enneigé, de rideau de scène ou d’immense robe dans laquelle se dresse Gwynplaine apostrophant les lords pour leur ouvrir les yeux sur le monde et la misère. Trois miroirs suspendus ondoient et reflètent en le déformant le visage de Gwynplaine. Avec les lumières ils créent une atmosphère inquiétante, un monde où les monstres ne sont pas ceux que désignent les apparences et où, comme l’écrit Victor Hugo, « l’homme est un mutilé… On lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face, un masque de contentement ». Lorsque les bougies s’éteignent, la mort a gagné. L’auteur, la mise en scène et l’acteur nous ont emmené dans un monde étrange et qui continue à nous hanter quand les dernières lumières se sont éteintes.
Micheline Rousselet

Théâtre Daniel Sorano
16 rue Charles Pathé, Vincennes
du mercredi au samedi à 20h45, le dimanche à 16h
www.espacesorano.com
Réservations (en se recommandant du Snes, partenariat Réduc’Snes non encore réalisé) : 01 43 74 73 74

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