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Un film de Jean-Pierre Améris (France)

"L’homme qui rit" Sortie en salles le 26 décembre 2012

Habitué des récits en demi-teinte, Jean-Pierre Améris ( "Le bateau de mariage" 1994, "Poids léger" en 2003, "Je m’appelle Élisabeth" en 2006) avait réussi, en 2010 avec "Les émotifs anonymes" à imposer à travers une œuvre sensible, fidèle à la tonalité de son cinéma, un film qui allait rencontrer un public plus large. La distribution, avec Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde en tête, allait y contribuer.

Aujourd’hui, il passe à la vitesse supérieure avec l’adaptation du roman de Victor Hugo "L’homme qui rit" et la présence, au générique de son film de Gérard Depardieu.

Il y avait fort à faire en s’attaquant à cette œuvre, à la fois conte, satire sociale et mélodrame chargé d’un arrière-plan politique.

Les toutes premières images du film nous plongent dans l’atmosphère du conte : un enfant seul abandonné de tous sous une pluie torrentielle, scène à laquelle fait suite une longue et difficile marche à travers d’épaisses bourrasques de neige.

L’enfant seul découvre sur le chemin, contre sa mère morte de froid, une petite fille encore vivante qu’il charge dans ses bras malgré son désespoir et son état de grande faiblesse.

Les deux orphelins trouvent refuge dans la roulotte d’Ursus, un forain bonimenteur aux allures d’ogre mais en réalité, homme pétri de bonté et de générosité.

Gwynplaine est défiguré et Déa, aveugle.

Ensemble, ils vont partager la vie misérable du bonhomme jusqu’au jour où la cicatrice que porte le garçon aux commissures des lèvres et qui lui donne l’air de rire tout le temps devient une attraction dont le public des foires devient à chaque fois un peu plus friand.

La célébrité du numéro auquel s’associe Déa et qui prend la tournure du mélodrame enthousiasme les foules et jusqu’à la duchesse du royaume qui finira par faire de Gwynplaine son amant, le temps de satisfaire un caprice de femme perverse.

Jean-Pierre Améris met beaucoup d’application à conduire son récit. Il prend infiniment de précautions pour que le film ne soit pas une simple illustration du roman, reste fidèle à l’auteur quand il s’agit du constat social et de l’engagement politique, s’en écarte parfois, prenant certaines libertés avec délicatesse.

On cherche les raisons pour lesquelles le conte qu’il nous propose ne convainc pas totalement malgré des décors soignés, des personnages secondaires non négligés et énigmatiques, une place de foire soigneusement reconstituée avec ce qu’il faut de nains, de jongleurs, de cracheurs de feu et de femme à barbe.

Si Gérard Depardieu est un Ursus irréprochable, il n’en est pas de même de Christa Théret qui joue Déa et de Marc-André Grondin qui chancelle sous le poids de l’importance de son rôle.

La première présente toutes les caractéristiques de la jeune fille contemporaine, un physique très actuel, une voix rauque aux intonations vaguement banlieusardes, une démarche et une gestuelle dénuées de la grâce qui aurait convenu au personnage.

Le second manque de charisme et montre beaucoup d’application à tenter de convaincre quand il devient l’orateur, prône une meilleure justice sociale et vole au secours des pauvres.

C’est peut-être par-là que le film pêche.

Mais nous sommes dans un conte et c’est peut-être un genre qui fait son affaire de petites faiblesses d’interprétation.

"L’homme qui rit" n’en demeure pas moins un divertissement honnête qu’on pourra aller voir en famille et tant mieux s’il renvoie à la lecture de l’œuvre culte de Victor Hugo.

Francis Dubois

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