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L’émission de télévision de Michel Vinaver

Une mise en scène de René Loyon
Avec David Arribe, Sylvie Aureille, Jehanne Carillon, François Clavier, Patrick Guérineau, Martine Laisné, Chantal Mutel, Patrick Palmero, Odile Roire, Sylvia Servio
Théâtre de l’Est Parisien du 13 mars au 9 avril (Réduc’snes), Centre Culturel ATP Vosges à Epinal le 27 avril, L’avant Seine à Colombes (92) le 18 mai

Ce serait une « comédie », une comédie du quotidien, mais alors une comédie bien noire. En réalité Vinaver va bien au-delà du quotidien et nous conduit à réfléchir sur la société du spectacle dans laquelle nous vivons, « une société qui n’est pas seulement celle où le spectacle - toutes les activités humaines mesurées à l’aune du divertissement- prolifère à n’en plus finir, mais aussi et surtout celle où chacun pressé par l’hégémonie du marketing, court le risque de devenir spectateur de plus en plus passif de sa propre vie. » (René Loyon).
Deux cinquantenaires, chômeurs de longue durée, sont contactés pour illustrer leur condition dans une émission de télévision. Deux jeunes louves audiovisuelles rivales les mettent en concurrence et leur expliquent comment ils devront mettre en scène leur vécu du chômage. Quand l’un des deux, celui qui était retenu, le plus battant qui avait retrouvé un emploi correspondant à sa qualification, est assassiné, un juge d’instruction entre en scène, préoccupé par sa carrière, et par l’envie de sortir du vide de sa vie. Le portrait de notre société qui sort de la pièce est plutôt noir : journalistes prêts à toutes les manipulations pour faire de l’audience, totalement insensibles à ce que vivent et ressentent ceux qu’ils utilisent dans lesquels ils ne voient que des pantins à manipuler, juge soucieux de protéger sa carrière. Personne ne s’échappe, le chômeur le plus sincère finit par entrer dans le jeu de la société du spectacle, le couple et la famille n’en sortent pas indemnes.
La mise en scène très sobre donne du rythme à la pièce : quand une scène se termine, les acteurs de la suivante sont déjà là et le jeu des lumières donne beaucoup de fluidité à l’ensemble. C’est un peu comme si on zappait pour passer d’une scène ou d’un personnage à l’autre. Les acteurs sont tous très justes, en particulier François Clavier qui joue avec beaucoup de finesse le rôle d’un des chômeurs. On rit, on s’indigne, on s’interroge sur notre société, c’est le théâtre comme on l’aime. Micheline Rousselet

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