Actualité théâtrale

Théâtre 14 jusqu’au 13 février 2015

"L’Étranger" d’après Albert Camus. Mise en scène Benoît Verhaert.

Face au spectacle qui se donne actuellement au Théâtre 14, le spectateur a le choix entre deux options.

L’une est un spectacle plutôt recommandable, assez réussi dans sa deuxième partie, mais il faudra pour l’apprécier, faire abstraction de l’œuvre d’Albert Camus dont elle a été adaptée par Benoît Verhaert et Frédéric Topart.

Un homme tue un autre homme sur une plage algéroise. A-t-il vraiment prémédité ce meurtre ou bien l’a-t-il commis dans une sorte d’éblouissement inconscient ?

Le crime est une chose mais l’indifférence dont il a fait preuve au moment de la mort de sa mère, au point d’être allé au cinéma le lendemain de l’enterrement assister avec son amie à

la projection d’un film comique, la tiédeur de son engagement amoureux, ses réponses laconiques au juge ou au prêtre convaincront les jurés de la nécessité de prononcer la peine capitale.

Théâtre : L'étranger

L’autre option est beaucoup moins convaincante. En tant qu’adaptation du livre d’Albert Camus, c’est un spectacle faible.

La question se pose de savoir si "L’Étranger " est un ouvrage qui peut passer la frontière de la rampe ou de l’écran, si le personnage de Meursault peut être représenté par un comédien, si des dialogues qu’on lui fait dire peuvent être crédibles. Le personnage imaginé par Camus est un être mutique, difficile à incarner, au point qu’au cinéma, le grand Visconti et Marcello Mastroianni se sont cassé le nez sur ce qui ne fut qu’une pâle illustration du roman.

L’adaptation pour le théâtre devait nécessairement passer par des concessions au détriment de "l’âme " du livre et faire de Meursault, pour que le spectateur y trouve son compte, autre chose qu’un être contemplatif, heureux dans sa profonde indifférence au monde.

Pour cela, sa rencontre avec Marie devra passer par les codes de la rencontre amoureuse mais comment imaginer, en cet être solitaire, enfermé dans sa réflexion singulière, un personnage démonstratif et soudain enthousiaste.

Peut-on reconnaître Meursault dans le monologue final, lyrique et grandiloquent ?

Les personnages annexes qui constituent l’entourage proche de Meursault devaient constituer une galerie de portraits hauts en couleur et donner des épisodes "grossis" tel celui du voisin aux prises avec sa "charogne" de chien galeux.

Faut-il voir, comme le dit le metteur en scène après les applaudissements, dans cette version de «  l’Étranger » une quelconque résonance avec les événements dramatiques récents ?

Le spectacle tel qu’il est présenté, teinté de trahison par rapport à l’œuvre initiale, peut-il ouvrir sur un débat ?

"L’Étranger ", à sa place dans nos bibliothèque, mérite qu’on en refasse périodiquement une nouvelle lecture pour une redécouverte de cette œuvre essentielle.

Mais que cinéastes et metteurs en scène de théâtre laissent Meursault exister entre les pages de l’ouvrage. Il y est bien.

Théâtre 14, 20 Avenue Marc Sangnier, 75 014 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 45 49 77

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