Actualité théâtrale

Á partir du 17 juin au Théâtre de la Huchette

« Kiki »

Kiki fut dans les années vingt l’égérie des peintres de l’École de Paris. Non contente d’avoir été la muse et le modèle de Modigliani et de Foujita, d’avoir prêté son dos magnifique à Man Ray pour son violon d’Ingres, elle dessina des portraits, chanta et dansa dans des cabarets avant d’en ouvrir un elle-même. Petite fille délaissée par sa mère, qui souffrit de la faim et du froid dans sa jeunesse, elle devint la reine de Montparnasse, eut de nombreux artistes pour amants, fréquenta Tzara et Picabia mais aussi les surréalistes, André Breton, Max Ernst, Louis Aragon et Paul Eluard. Déterminée à mordre dans la vie à pleines dents, elle attirait les artistes non seulement par sa beauté, mais aussi par son aptitude à cultiver l’art du bonheur et par sa curiosité pour les autres.

Hervé Devolver, dont le palmarès est éloquent (prix de la comédie musicale pour Chance qui a été jouée plus de mille fois et grand succès actuellement avec Les fiancés de Loches , d’après Feydeau) s’est attaché au portrait de Kiki. La pièce commence par une vidéo de l’enterrement de celle qui fut la reine de Montparnasse, où un Foujita, presque solitaire, semble être bien seul à ne pas l’avoir oubliée. C’est à sa naissance que l’on assiste ensuite et la pièce déroule sa vie, une vie avec ses hauts - les amours, la tendresse, les soirées folles- et ses bas - la drogue, l’embonpoint, la perte des êtres chers. On peut regretter que le texte soit un peu trop didactique et n’ouvre pas assez sur l’imaginaire du spectateur. Mais la partition musicale qu’a écrite Hervé Devolver est très réussie. Et surtout il a trouvé en Milena Marinelli une superbe Kiki. Les cheveux coupés courts, les yeux cernés de khôl, vêtue d’une robe en panne de velours rouille, très caractéristique des années folles, elle ressemble à Kiki. Elle chante avec une voix qui passe du grave à la douceur en souplesse, elle danse, elle raconte sa vie. Accompagnée par la pianiste Ariane Cadier, connue pour son travail auprès de grands metteurs en scène comme Antoine Vitez ou auprès de chanteurs comme Dutronc ou Sapho, elle incarne une Kiki lumineuse et émouvante et l’on sort du petit théâtre de la Huchette avec l’envie de revoir les tableaux et les photographies qu’elle a inspirées.

Micheline Rousselet

Du mardi au vendredi à 21h, le samedi à 16h

Théâtre de la Huchette

23 rue de la Huchette, 75005 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 26 38 99

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Cendrillon »
    A la mort de sa mère, une très jeune fille croit l’entendre lui demander, si elle veut espérer la garder quelque part à ses côtés, de ne jamais cesser de penser à elle plus de cinq minutes. Elle suit... Lire la suite (Juin 2017)
  • Cirque Romanès
    "Si tu m’aimes plus, je me jetterai par la fenêtre de la caravane" , nouvelle création du cirque tsigane Romanès, nous fait revivre un cirque des origines, fragile et gracieux, où la moindre... Lire la suite (Juin 2017)
  • « Intimité publique »
    Les lettres et les journaux intimes révèlent la personnalité d’un écrivain, des moments particuliers de sa vie et aussi ses questionnements littéraires. Le cycle Intimité publique présente sous forme... Lire la suite (Juin 2017)
  • « Clair de femme »
    Ils se heurtent sur un trottoir, lui dont la femme est en train de mourir d’un cancer, elle dont la petite fille est morte dans un accident de la voiture que le père de l’enfant conduisait. Ils vont... Lire la suite (Mai 2017)
  • « L’Ombre de Stella » de Pierre Barillet
    Une nouvelle critique pour une pièce déjà évoquée : « L’ombre de Stella » Auteur de pièces devenues des classiques du théâtre de Boulevard telles « F leur de Cactus » ou « L’or et la paille » , Pierre... Lire la suite (Mai 2017)