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Un film de Benoît Jacquot (France)

"Journal d’une femme de chambre" Sortie en salles le 1er avril 2015.

Célestine n’en n’est pas à son premier emploi de femme de chambre quand elle accepte de servir, en province, dans le domaine de la famille Lanlaire.

Elle doit travailler sans répit, repousser les avances répétées de monsieur et supporter la stricte madame Lanlaire qui dirige la maison de main de maître.

Très courtisée pour son élégance naturelle et sa beauté, la jeune femme ne ressent d’attirance que pour Joseph, le silencieux jardinier palefrenier de la propriété.

En 1946, Jean Renoir, alors dans sa période américaine, réalisait une première adaptation du roman d’Octave Mirbeau paru en 1900. Paulette Goddard y jouait le rôle de la femme de chambre.

En 1964, c’est au tour de Luis Bunùel d’en faire un film avec Jeanne Moreau, dans le rôle de Célestine

Pourquoi Benoît Jacquot s’est-il intéressé à son tour à ce " Journal d’une femme de chambre " après Renoir et Bunùel.

On ne sait pas si c’est la raison qui l’a guidé dans ce choix mais celui de Léa Seydoux suffirait à justifier sa démarche.

Si Jeanne Moreau était remarquable dans le film de Bunùel, si c’était une forte détermination qui guidait le personnage dans son cheminement, s’il y avait dans son jeu cette touche récurrente de perversité, Léa Seydoux entraîne Célestine dans la voie de la demi-teinte où prédomine une sorte de pureté, d’intégrité qui font du film de Benoît Jacquot une œuvre singulière d’une toute autre coloration que celles des adaptations précédentes.

Lorsque le réalisateur dit qu’il a "confié" le film à Léa Seydoux, c’est à ce point évident qu’il a très certainement travaillé le scénario et la construction en fonction d’elle. Que sa présence, le "tissage" de son jeu, son élégance ne lui ont pas laissé d’autre choix que de faire de Célestine ce qu’elle est dans son film, un subtil mélange de fragilité et de volonté, d’humilité et d’orgueil.

Cinéma : Journal d'une femme de chambre

Le film se découpe sous la forme de petites fables. Certaines sont anodines, anecdotiques, d’autres au contraire très parlantes.

Si les personnages secondaires sont moins marqués que chez Bunùel, si celui de madame Lanlaire répond à l’archétype de la maîtresse de maison autoritaire, si celui de monsieur Lanlaire est attendu (excellent Hervé Pierre), Rosette (de chez Rohmer) pour Rose ou Patrick D’assumçao (de chez Guiradie) en Capitaine Mauger détournent totalement les partitions originales.

La très lente approche de Célestine et Joseph qui se traduit longtemps par de simples échanges de regards ne prendra son envolée que dans la toute dernière partie du récit.

La noirceur des deux personnages embarqués dans le vol, la trahison et le mensonge se révèlent avec d’autant plus de cruauté que les patrons trahis gagnent, eux, en humanité.

Benoît Jacquot est un orfèvre en matière de mise en scène. Et le concernant, on parlera plus d’une distribution parfaite que de direction d’acteurs.

Léa Seydoux qui s’était égarée dans une " Belle et la bête " détestable retrouve toutes ses couleurs de grande comédienne avec ce rôle qu’elle semble s’être taillé sur mesure.

Francis Dubois

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