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Un film de Léon Dai (Taiwan)

"Je ne peux pas vivre sans toi" Sortie en salles le 27 octobre

Un homme, sans emploi fixe, vit clandestinement avec sa fille de sept ans dans le réduit insalubre d’un bâtiment désaffecté des docks de Kaohsiung. Il se nourrissent de poissons, vivent d’expédients et le père, pour gagner quelques sous, pratique la plongée sous-marine dans des conditions dangereuses. Pourtant l’enfant et le père, inséparables, ont l’air d’être heureux ainsi. Jusqu’au jour où la fillette atteint l’âge d’être scolarisée. Pour procéder à son inscription, le père qui n’est en possession d’ aucun papier attestant de sa paternité, doit se procurer une autorisation de la mère disparue depuis longtemps ou de son mari qui est, aux yeux de la loi, le père officiel de la fillette…
Commence alors, pour cet homme qui sent la menace de se voir séparer de sa fille, de longues et difficiles démarches auprès d’une administration tatillonne et bornée qui le renvoie sans cesse à la case départ.
Impuissant à faire comprendre la situation, il décide d’employer les grands moyens et menace de se jeter du haut d’un pont, sa fillette accrochée à lui, s’il n’obtient pas satisfaction.
Le film de Léon Dai aborde plusieurs sujets. Celui, universel du lien indestructible qui lie un père à son enfant et que rapprochent plus encore ici, leurs difficiles conditions de vie. L’affrontement entre les citoyens démunis face à une bureaucratie Kafkaienne, que vient compliquer un problème linguistique. Car à Taiwan il existe trois langues officielles : le mandarin, le hoklo et le hakka et plus de quarante dialectes aborigènes. Le père qui est d’origine hakka s’exprime en hoklo. Son ami garagiste parle plus facilement le hakka alors que la langue administrative est le mandarin que beaucoup de taïwanais maîtrisent mal..
Mais "Je ne peux vivre sans toi" privilégie dans le récit, les liens qui unissent un père et sa fillette, deux laissés pour compte qui ont trouvé une parade à leur misère dans une complicité de tous les instants et un amour palpable et silencieux. Il faut voir l’enfant prendre en charge une part de chacune des activités professionnelles de son père, suivre depuis le bateau, le déroulement des interminables plongées qu’il pratique, lâcher à sa façon, pour une meilleure pêche possible, les nasses d’osier depuis la fenêtre du taudis.
Léon Dai a choisi pour cette histoire qui suit le quotidien tendre et pathétique de cet attachant duo, de tourner en noir et blanc. Or, le noir et blanc qui résulte de son travail, bénéficie de reflets métalliques, tirant plus sur le vert que sur le gris, qui appuient le réalisme du récit, accompagnent efficacement les gestes du quotidiens, les allées et venues en moto, les moments d’intimité ou de détente, mais donnent parfois avec un fond de ciel chargé, un paysage urbain découpé, un décor luisant de pluie, un effet stylisé pour ne pas dire surréaliste. Ce résultat qui n’est surtout pas une coquetterie, crée une atmosphère totalement inédite et le film discret, réservé, d’une violence contenue qui gomme tout misérabiliste ou angélisme, est d’une grande beauté.
Francis Dubois

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