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J’espérons que je m’en sortira d’après Marcello d’Orta

}}On comprend que les rédactions des enfants d’Arzano, un faubourg de Naples, recueillies par leur instituteur, Marcello d’Orta aient inspiré diverses adaptations théâtrales. Nous avions parlé de celle présentée par Marjorie Nakache au théâtre de Stains. Il faut aussi évoquer celle de la Compagnie Remue-méninges de Chambéry, qui est reprise en Avignon dans le off, du 8 au 31 juillet 2004, au collège de La Salle, place Pasteur (réservations au 06 30 16 71 02 ; mise en scène Yvonne Bergeaud, interprète René-Louis Fourest ).
Ces textes traduisent le quotidien difficile des enfants d’Arzano avec ses rues pleines de « mondices et de seringues droguées », ses maisons « déglingouillées » où « il y a personne qui demande l’aumône parce qu’il sait que personne peut lui donner ». Mais on est loin d’un misérabilisme geignard. On est ému mais surtout on rit beaucoup en entendant ces paroles pleines de vie et d’invention qui forment un reportage féroce et hilarant sur Arzano, sur la famille (« la maman, c’est une chose sérieuse ! Elle se sacrifie depuis qu’on naît ! »), sur le monde (« Le tiers-monde est beaucoup plus tiers que nous », « La Suisse, elle vend les armes à tout le monde pour qui se massacrent, mais elle fait même pas une toute petite guerre ») et sur l’histoire (« La reine Marie-Antoinette avait la belle vie, elle se levait à midi cinq et s’achetait les habits et les bijoux avec l’argent des impôts des pauvres »). Des sujets aussi importants que l’injustice, la pauvreté, la faim dans le monde, le racisme, la drogue, la guerre, la citoyenneté, sont abordés dans le langage des enfants, avec leur sensibilité et leur humour souvent involontaire.
Ces textes percutants sont mis en scène dans le cadre d’une salle de classe avec ses ardoises, son tableau noir, ses cartes de géographie et son compas. Après nous avoir installés à la place des élèves, René-Louis Fourest saisit un livre et nous lit la première rédaction. Il campe tour à tour le maître et ses élèves et nous livre leur regard sur leur village et sur le monde. Nous retrouvons l’odeur de l’école, les goûters de la récréation et notre sensibilité d’enfant. Par la grâce de l’interprétation de René-Louis Fourest, la vérité qui sort de ces textes écrits par des enfants gagne le cœur des spectateurs. On est surpris par l’inventivité de leur langage, par la richesse de leur réflexion, on rit, on est ému. Cette soirée est un régal.
Micheline Rousselet

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