Actualité théâtrale

au Théâtre du Lucernaire

"J’ai de la chance" Jusqu’au 4 janvier

Natasha est comédienne. La mort de sa grand-mère éveille en elle le regret de ne pas lui avoir assez dit « Mamie raconte », car Germaine était un personnage. Toujours l’aiguille à la main, vantant les mérites de la laine polaire, collectionnant les ciseaux de broderie … et les oxymores (elle en a dressé une liste de 53), amoureuse des mots et des alexandrins qu’elle repère partout, et admiratrice inconditionnelle d’André Dussolier.

Au fil de ses recherches sur sa grand-mère, Natasha va découvrir que Germaine a été, pendant la guerre, réfugiée dans une maison à Moissac, où Shatta et Bouli Simon, responsables des Éclaireurs israélites de France, ont pris en charge et caché des enfants juifs. Son enquête la mène à comprendre ce qu’était cette chance que sa grand-mère revendiquait à tout bout de champ. Si Natasha réussit à retrouver son histoire, elle ne saura éviter à cette grand-mère, coquette, drôle et imprévisible, ce que celle-ci craint le plus, la maison de retraite, car au fur et à mesure que la mémoire de l’une progresse, celle de l’autre se perd.

Sur la scène où des tréteaux font office de table de couture encombrée de boîtes de boutons, de fils et de ciseaux, Laurence Masliah, qui a écrit le texte en collaboration avec Marina Tomé, incarne avec talent Natasha et Germaine. Elle glisse de l’une à l’autre, passe des remarques sur le passé (C’est à Moissac que j’ai appris qu’il est possible de chanter au milieu de la terreur, d’aimer au milieu de la haine) aux manies drolatiques d’une vieille dame, dont la mémoire s’évapore et qui cherche à y échapper en dressant des listes. Elle donne vie à cette vieille dame séduisante, à qui « les oxymores font pétiller les neurones », qui adore les mots compliqués et qui se complaît à rechercher l’origine des expressions comme « dès potron minet ». Laurence Masliah implique les spectateurs, en choisit un à qui elle recoud un bouton, qu’elle semble un temps prendre comme confident. C’est la vie qui est sur scène, un moment où le passé croise le présent, dans un joyeux désordre où perce parfois la nostalgie. C’est du beau théâtre où l’intime se conjugue à la grande histoire et où la parole est magnifiée. Bel hommage à Germaine si gourmande des mots !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34

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