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Un film de Andrew Kötting (France/Suisse)

"Ivul" Sortie en salle le 20 janvier

Les scènes de famille qui ouvrent le film donnent le ton. Elles mettent en présence le père Andreï, Freya et Alex ses enfants d’un précédent mariage, Marie la nouvelle épouse et les jumelles, Capucine et Manon. Ce sont de courts moments volés à leur quotidien qui renseignent sur les personnages, et plus encore sur la tendresse, la complicité qui les unit.
L’angélisme notable dans ces premières scènes donne l’impression d’une réalité à peine embellie et procure au récit la coloration du conte. La studieuse Freya s’apprête à quitter la maison pour aller vivre en Russie, la terre de ses ancêtres quand c’est à Alex que reviennent les travaux parfois ingrats de nettoyage et d’entretien de la toiture… Marie, la jeune épouse s’occupe de ses fillettes ce qui ne l’empêche par de s’être fait adopter par les deux aînés. Le grain de sable dans le rouage viendra de la tendresse poussée jusqu’à l’attirance qui unit le frère et la sœur. Le père qui surprend une étreinte pourtant chaste va chasser Alex de la maison. Et c’est à ce moment là que le récit bascule. Alex chassé par son père décide qu’il ne mettra plus jamais les pieds sur la terre de la propriété familiale et qu’il passera son existence haut perché, de préférence dans un arbre. Et c’est là qu’il élit domicile.

Le départ de Freya pour la Russie et l’installation d’Alex dans son arbre vont très vite avoir raison de l’équilibre fragile où se tenait la famille…
Cinéaste novateur de nationalité anglaise, Andrew Kötting réalise ici, après les œuvres hermétiques qu’étaient "Gallivant" et "Cette sale terre", un film de facture plus traditionnelle. Le récit, s’il est linéaire, est construit de façon très personnelle à base de scènes courtes de la vie ordinaire où, pour tuer le temps et remédier à l’inaction, on se livre à des jeux de devinettes ou de colin-maillard, on se parle, on s’approche, on s’observe. Des scènes justes, ciselées où les comédiens, les trop rares Jean-Luc Bideau et Aurélia Petit, font merveille, ainsi que l’acrobate Jacob Auzanneau qui joue Alex avec un beau mélange de naturel et d’ambiguïté.
On ne peut désigner "Ivul" comme une œuvre seulement poétique. Trop de vie l’habite. Une trop grande finesse d’observation, pour que le récit soit réduit à une seule coloration narrative. Et c’est peut-être dans l’intime mélange des genres allant du conte jusqu’ au naturalisme, que le film devient une œuvre inclassable qui multiplie les questionnements sur l’enfance, sur l’injustice, sur l’innocence et sur les limites d’une éducation ouverte.
"Alex, tu sais ce qui caractérise au mieux une civilisation ?" demande le père au cours d’une ballade en forêt, "L’arbre ! une civilisation se développe lorsque les anciens plantent des arbres en sachant qu’ils ne se reposeront jamais à leur ombre".
Et c’est peut-être parce que l’ombre de l’arbre lui est désormais et à jamais interdite, qu’Alex choisit pour son exil d’élire domicile dans les plus hautes branches.
Francis Dubois

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