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Intervention au CSE

DECLARATION DU SNES ( CO-PSY) AU CSE du 14/10/04 sur
Le rapport THELOT

" Tout d’abord nous tenons à souligner le paradoxe entre un rapport qui affiche sa volonté de faire réussir tous les élèves et insiste sur la personnalisation des apprentissages comme réponse aux difficultés et l’élimination des personnels ayant une approche spécifique et pouvant apporter un éclairage sur le suivi individuel des élèves, la compréhension de leurs difficultés, leur rapport aux études. Gérard Aschieri au nom de la FSU a déjà évoqué le cas des médecins et des assistants sociaux, « sortis » de l’Education Nationale. Je soulignerai ici le cas des psychologues.
Dans le premier degré, les RASED devraient à terme disparaître et la place des psychologues scolaires n’est plus éclairement établie.
Dans le second degré le rapport tranche dans un débat récurrent au ministère, dans un sens différent de ce qui est remonté des débats et de la consultation organisée l’an dernier sur les services d’orientation. Les co-psy seraient transformés en conseiller d’orientation ce qui revient à ignorer encore une fois la complexité des processus psychologiques, à l’œuvre dans l’élaboration d’un projet d’avenir à l’adolescence.
Dans le chapitre 3 plusieurs propositions sont faites pour améliorer le fonctionnement de l’orientation et de l’affectation. Nous portons un regard extrêmement critique sur leur contenu.
S’agissant de « l’éducation à l’orientation » le SNES a toujours défendu le respect de la spécificité des conseillers d’orientation-psychologues et des enseignants, non pas dans une optique corporatiste mais parce qu’elle est la condition pour qu’une démarche éducative en orientation ouvre réellement pour les élèves des espaces de réflexion et de découverte et ne soit pas un apprentissage de la résignation. Au lieu de cela le rapport propose de transférer sur les enseignants la responsabilité de l’élaboration des projets et réduits le rôle des co-psy à celui de conseiller technique des chefs d’établissement.
En ce qui concerne le fonctionnement de l’orientation et de l’affectation il est proposé de fusionner les deux opérations.
Le rapport du HCEE soulignait la nécessité d’un renforcement du pilotage national de l’orientation articulé avec les besoins de l’économie et de la société dans les 10 ans à venir. Or, en l’absence d’affichage d’objectifs clairs et de priorités, comment le système proposé qui fonctionnerait au niveau local n’introduirait il pas de fortes disparités entre les bassins dont les offres de formation sont très différentes et comment ne renforcerait il pas la hiérarchie entre des établissements dont les élèves seraient accueillis à bras ouverts et ceux qui seraient contraints de « revoir » leur projet faute d’acceptation des établissements d’accueil ?
Certes le fonctionnement actuel est loin d’être satisfaisant, notamment du fait de l’insuffisance des places dans certaines sections mais au moins adopte t il des règles de transparence et d’égalité de traitement entre les dossiers des élèves.
Enfin, comment croire qu’il sera possible de réduire les sorties sans qualification quand les élèves ne maîtrisant pas le socle commun des fondamentaux ne seront pas autorisés à poursuivre des études et bénéficieront, au mieux d’un « accompagnement » vers l’insertion ! En quoi serait ce un mieux par rapport à la situation actuelle ? En quoi ces jeunes seront ils plus armés pour aborder les exigences des formations professionnelles qui aujourd’hui ne se limitent pas aux fondamentaux ?
La conception de l’orientation développée ici correspond à une vision rationalisante des procédures de choix et ne prend pas en compte la complexité des processus psychologiques qui sont en jeu à l’adolescence et les liens indissolubles entre l’envie d’apprendre, l’appropriation des connaissances, l’image de soi et la capacité à se projeter dans l’avenir. Je souscris d’ailleurs tout à fait à l’intervention d’autres organisations qui s’inquiètent de l’usage abusif de la notion de « talents ». Prenons garde à ne pas habiller de ce nouveau vocable ce qui ne correspondrait en fait qu’aux différences sociales ! Prendre en compte les intérêts des élèves, oui, mais à condition que l’Ecole remplisse sa mission d’ouverture culturelle et de diversification afin que tous aient accès à une palette large de savoirs afin de développer leur personnalité.
Le rapport, en proposant de couper le pédagogique de ce qu’il appelle le traitement de la difficulté risque de renforcer une vision médicalisante de l’échec scolaire et de priver les enseignants de l’apport indispensable des différents personnels que nous avons aujourd’hui dans le second degré.
Nous avons noté également un silence très préoccupant sur l’existence des CIO dont la situation sur le terrain devient dramatique dans certains départements.
Pour résumer les propositions contenues dans le rapport ne nous paraissent pas de nature à favoriser le développement de l’ambition des élèves ni l’élaboration de leurs projets.
Les points que nous avons évoqués ne correspondent pas aux résultats du Miroir du débat et de la consultation sur les services d’orientation qui insistaient sur la nécessité de créer des postes de co-psy pour un suivi individualisé auprès des élèves".

C. REMERMIER

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