Actualité théâtrale

Les 19 et 20 mai à l’Hôtel de Sens à Paris, Les 16 et 17 septembre au Centre National des Arts de La Rochelle, les 5, 6, 7, et 8 octobre en divers points de la Petite Ceinture à Paris

« Insolite comme toute chose ordinaire »

Ce sont des pommes rouges qui nous conduisent dans ce parcours varié courant des sous-sols de la Bibliothèque Forney à la Cour de l’Hôtel de Sens, qui l’abrite, et jusqu’au square voisin, où un labyrinthe de fils rouges semble vouloir nous retenir. Fruits des pommiers qui marquent les paysages de tout le Nord de la France, celles-ci sont rouges comme le fruit de la tentation ou comme la pomme empoisonnée que la sorcière offrit à Blanche-Neige. Elles aimantent tous les regards et incitent au rêve.

Le collectif L’art au quotidien , animé par Sylvie Cavacciuti et Sophie Maillard, s’est intéressé à la question du paysage. En 2016 le collectif a passé plusieurs semaines sur les routes du Poitou-Charentes, marchant, regardant, allant à la rencontre des gens, des adultes mais aussi des enfants, interrogeant et échangeant sur la question : « Qu’est-ce qui, pour vous, fait paysage ? ». Ces échanges, ces « interviews » ont ensuite été intégrés à une création sonore et musicale de Ronan Maillard qui épouse les voix des enfants et des adultes disant ce qu’est pour eux le paysage, urbain, rural ou nocturne mais aussi intérieur, poétique ou onirique. Par ailleurs le collectif a passé une commande d’écriture sur le paysage à cinq auteurs dont quatre ont été retenus ce soir-là, Kitsou Dubois, Jean-Charles Massera, Jacques Rebotier et Jean-Paul Curnier.

Théâtre : "Insolite"

« L’installation/lecture dans le paysage » qui en résulte s’adapte au lieu où elle est présentée. Á l’Hôtel de Sens, c’est d’abord casque sur les oreilles que le spectateur avance dans le dédale des sous-sols, guidé par le chemin de pommes rouges entre canalisations et armoires métalliques, qui cachent ou offrent au regard les livres, contraint par le texte qu’il entend et le paysage qu’il découvre. Arrivé au terme de ce parcours, assis sur des chaises rouges, il quitte casque et texte et prend le temps de regarder le paysage que lui révèle la cour de l’Hôtel de Sens avec ses lucarnes élégantes, ses tourelles et les gazouillis des hirondelles qui la traversent. Le passage au square voisin ramène le promeneur-spectateur aux textes dits par les acteurs (Caroline Espargilière, Sophie Maillard et Patricia Mojeron) et le passage dans la rue offre des imprévus parfois réjouissants, comme avec ces deux petites-filles très tentées par les pommes et que l’on eut un peu de mal à convaincre de les laisser ! À la fin du parcours, le spectateur est allongé sur des tapis rouges dans la cour. Ce final assure un moment magique où le texte ouvre la porte à l’imaginaire, où chacun invente son paysage en observant les nuages pommelés qui ce soir là parsemaient le ciel. Une soirée pleine d’intelligence et de poésie où il fait bon se laisser porter par textes, musique et … paysage.

Micheline Rousselet

www.collectiflartauquotidien.blogspot.fr

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