Actualité théâtrale

Jusqu’au 14 novembre au Théâtre des Amandiers de Nanterre

« Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer »

Du bruit ou plutôt du vacarme, de l’énergie ou plutôt de la fureur, du sang et de la cendre ou plutôt des flux d’hémoglobine, d’huile de vidange noirâtre et de boue, voilà planté le décor. Enfin tant qu’il existe puisque dans la seconde partie, il s’effondrera entraînant un souffle et de la poussière qui ébranleront une bonne partie de la salle !

C’est dans le hall du théâtre, et à Nanterre il est vaste, que démarre cet «  Idiot ! Parce que nous aurions pu nous aimer » de Vincent Macaigne. Dans un joyeux désordre, armés de mégaphones, les acteurs hurlent, courent, entraînant derrière eux une farandole de lycéens. On entre ensuite dans une discothèque surchauffée, pardon dans la salle. Les lasers zèbrent l’espace, des ballons et des confettis volent, les décibels sont au maximum et l’on distribue des boules Quies. Les spectateurs errent à la recherche de leur siège et vu le niveau sonore il est inutile d’avoir quelque espoir du côté des voisins. C’est normal, nous sommes à l’anniversaire de Nastassia Philippovna. Les jeunes lycéens invités sur scène tentent de faire quelque chose tandis que le présentateur s’égosille au mégaphone pour s’excuser de ne leur servir que de la bière sans alcool. Et cela dure, dure … Derrière nous quelques spectateurs tentent de crier « ça suffit, maintenant, y en a marre » ! On se dit qu’on va assister à une nouvelle bataille d’Hernani, mais leur voix se perd dans le maelström sonore.
Théâtre : "Idiot, ....."
Quand un peu de calme revient, on se dit qu’on va enfin entrer dans l’Idiot puisque c’est une adaptation du roman de Dostoïevski qu’annonce Vincent Macaigne. Le Prince Mychkine est en caleçon écossais, s’appuie sur des cannes anglaises et ne cesse de tomber au cas où l’on n’aurait pas compris qu’il s’agit d’un être fragile. Lebedev erre un moment nu avant de revêtir une panoplie d’énorme lapin blanc en peluche. Á l’entracte même dispositif dans le hall qu’au début du spectacle, la sueur en plus, et à l’entrée dans la salle, une télévision dans un coin de la scène diffuse le célèbre débat Hollande-Sarkozy de la campagne électorale, clin d’œil au monde qui va mal dont parle Dostoïevski. Quelques crucifix au cou des acteurs ou cloués sur les portes font un autre coucou à l’auteur !

Au total, une performance de quatre heures devant laquelle nombre de critiques très parisiens, ont cru bon de crier au génie. Mais au final qu’en retient-on ? Un spectacle certes plein d’énergie avec des acteurs qui ne s’économisent pas, qui hurlent leur texte. Mais que reste-t-il du théâtre et de Dostoïevski ? Bien peu, la condamnation d’une société malade où tout s’achète. Fallait-il quatre heures de bruit et de fureur pour ne garder que cela ?

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h30, dimanche à 15h30

Théâtre Nanterre-Amandiers

7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00

www.nanterre-amandiers.com

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