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Un film de Saverio Costanzo (Italie)

"Hungry hearts" Sortie en salles le 25 février 2015

Jude est américain, Mina italienne. Le coup de foudre se produit devant la porte bloquée des toilettes d’un restaurant. Ils n’attendront pas longtemps pour se marier et faire un enfant.
Mais, alors qu’elle est enceinte, Mina va consulter une voyante qui lui annonce que celui qu’elle attend est un bébé "indigo’’ (quelqu’un qui possédera des aptitudes psychologiques et spirituelles particulières, voire des pouvoirs paranormaux, destiné à l’instauration d’une ère nouvelle).
Marquée par cette troublante prédiction à laquelle elle croit sans doute, elle est amenée à protéger excessivement son enfant au point de voir un danger dans la nourriture traditionnelle et tout ce qui est extérieur à l’appartement.
Jude constate que le bébé, faute d’une alimentation normale, est en train de dépérir.
Il retire l’enfant à Mina et le confie à sa mère. La séparation de Mina d’avec son fils ne fait qu’aggraver l’état de la jeune femme qui glisse vers un dérèglement psychologique proche de la folie. culture/cinéma

La scène d’ouverture (très drôle) du film de Saverio Costanza annoncerait plutôt une comédie. Celles qui suivent, le mariage ou celles qui soulignent l’état amoureux du couple dans les premiers temps de la cohabitation, sont loin d’annoncer le prochain dérapage de comportement de Mina.
L’étrange visite de la jeune femme à la voyante est le premier signe inquiétant et dès lors le récit
ne cessera de dériver de façon insidieuse.
Le comportement de Nina sera d’autant plus inquiétant qu’il repose sur l’amour dont elle entoure son bébé. S’est-elle persuadée, à la suite des prédictions de la voyante, qu’elle tient en lui un être exceptionnel, un prochain prophète dont l’avenir serait lié à une ère nouvelle ?
Est-ce cette certitude qui la conduirait à le protéger au point de voir un danger pour lui, dans la nourriture et dans un extérieur qui le menacerait…
Saverio Costanza conduit son récit sur deux pistes très voisines l’une de l’autre.
L’une réaliste, conforme à un déroulement normal du quotidien. L’autre légèrement décalée d’abord, puis de plus en plus troublante. Un trouble qui brouille les situations et que vient bientôt accentuer une suite de plans où les personnages déformés peuvent aller jusqu’au difforme, agrandissant les adultes et réduisant les proportions de l’enfant.

Le film passe par des registres narratifs très différents selon que le récit fonctionne du point de vue de Mina ou de Jude et du regard que les personnages portent l’un sur l’autre.
A une scène d’ouverture comique, succèdent des moments romantiques, le déroulement de la vie ordinaire d’un jeune couple. Mais bientôt, à mi-parcours du récit on bascule dans un thriller de plus en plus mystérieux qui tend vers un autre genre : le cinéma d’horreur psychologique.

Le choix du casting est en parfait harmonie avec la gradation du récit. Alba Rohrwacher qui joue Mina possède un physique qui se prête à une transformation inquiétante : visage étrange, corpulence étriquée. Adam Driver qui interprète Jude est une sorte d’adolescent prolongé qui, quand vient s’y greffer la gravité, devient presque méconnaissable.

Une œuvre très personnelle, toute en contrastes heurtés et demi-teintes.

Francis Dubois

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