Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 février à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

« Hôtel Feydeau »

C’est à la fin de sa vie, au moment où après son divorce il vit à l’hôtel, que Feydeau écrit ces quatre pièces en un acte ( On purge bébé, Feu la mère de Madame, Mais n’te promène donc pas toute nue et Léonie est en avance ) qu’il envisageait de rassembler en un cycle « Du mariage au divorce ». Ces quatre courtes pièces tournent autour de l’impossibilité des couples à se supporter. Quand le désir est mort et que ne restent que l’égoïsme, la méchanceté, la volonté d’avoir toujours le dernier mot et d’humilier l’autre, les affrontements dans le couple prennent des allures de duel à mort. Dans cette lutte les époux font assaut de bêtise, de médiocrité et de cruauté. Quand Monsieur a des rêves de devenir Ministre de la Marine, Madame lui signifie qu’il ne sait même pas nager. Quand Monsieur se déclare peintre, Madame lui dit qu’il barbouille et ajoute « tant qu’on n’a pas vendu, on barbouille ». Et quand c’est fini dans le couple, la méchanceté se reporte sur les domestiques !

Théâtre : Hotel Feydeau

Georges Lavaudant n’est pas le premier metteur en scène à présenter ensemble plusieurs de ces courtes pièces (l’an passé on avait eu une version de Didier Bezace et celle de Dimitri Klockenbring). Mais l’originalité de sa création est de ne pas jouer les pièces l’une après l’autre dans leur intégralité mais de les couper, de les casser et d’organiser des télescopages éclairants qui n’altèrent en rien leur cohérence. Pour cela il lui a fallu dit-il « bien dégager le point de fixation de la bagarre ». Pari complètement réussi : les situations s’enchaînent de façon mécanique jusqu’à l’explosion, les allusions sexuelles et scatologiques abondent et les répliques brillantes conduisent à un train d’enfer vers un délire absolu où même le rideau s’écroule à la fin. Pour présenter cette humanité désespérante de méchanceté, de mesquinerie et de bêtise il fallait prendre le parti d’en rire et c’est donc gaiement que Georges Lavaudant la met en scène, ajoutant des intermèdes où les domestiques et les maîtres se lancent sur des airs de jazz et de comédies musicales dans des chorégraphies imaginées par Francis Viet.

Pour respecter cet enchaînement infernal, il fallait une précision minutieuse, car les fausses sorties sont légion, les personnages se coupent la parole et se répondent du tac au tac. Les interprètes le font à la perfection. Ce sont les domestiques qui ouvrent le bal avec un extrait d’une pièce inachevée où un domestique s’en prend aux maîtres mais se révèle aussi avide de pouvoir qu’eux. Georges Lavaudant a mêlé les générations, les grands anciens comme Gilles Arbona et André Marcon côtoient les jeunes qui entrent dans la carrière (on retiendra particulièrement Lou Chauvain et Grace Seri qui ont un vrai talent comique), et deux acteurs, qui sont en quelque sorte au milieu, Manuel Le Lièvre et Astrid Bas absolument géniaux.

Courez redécouvrir le vaudeville en passant une soirée très joyeuse en compagnie de cette humanité médiocre où tous tirent sur tous, femmes contre maris, enfants contre parents, maîtres contre domestiques (et réciproquement). Quelle jouissance !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h

Théâtre de l’Odéon

Place de l’Odéon, 75006 Paris

Réservations : 01 44 85 40 40

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