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Un film de Rachid Bouchareb (Algérie)

"Hors-la-loi" Sortie en salles le 22 septembre

Comment le cinéaste si adroit, si fin, qui réalise des films ciselés comme "Little Sénégal" ou "London River" peut-il devenir tout à coup excessif, balourd, accumuler le cliché et les stéréotypes, servir un scénario mal fagoté, comme ici dans ce film qui se voudrait tout à la fois respectueux des faits historiques, intimiste et film d’action sans ne jamais parvenir, bien entendu, à n’être jamais ni l’un ni l’autre.
Victime des pratiques du colonialisme, une famille d’algériens se voit dépossédée du lopin de terre qui faisait vivre très modestement le père, la mère et leurs trois jeunes garçons. Ils sont tenus de quitter les lieux, faute de pouvoir prouver que cette terre leur appartenait.
La famille échoue à Sétif, la ville où, le 8 mai 1945, alors qu’en France se fête l’armistice, ont lieu des manifestations d’Algériens revendiquant une liberté politique et la libération de Messali Hadj dirigeant du mouvement nationaliste.
Les manifestations dégénèrent, tournent à l’émeute et les jours suivants, la colère se retourne contre les colons dans les fermes isolées. On ne saura jamais le nombre des victimes dans les rangs algériens.
Le père meurt au cours des représailles de l’armée. Les trois garçons de la famille sont devenus des adultes. L’un s’est engagé dans l’armée, combat en Indochine et en reviendra borgne. L’autre, érudit autodidacte est emprisonné pour engagement politique et purge sa peine en France. Le troisième est une tête brûlée, un malin doublé d’un ambitieux. C’est lui qui va convaincre la mère de quitter l’Algérie et d’aller vivre en France. Ils échouent dans les bidonvilles de Nanterre mais Saïd découvre Pigalle, devient maquereau avant de se livrer à sa vraie passion, organiser des combats de boxe.
Qu’est-ce qui fait que, dans ce récit appliqué, aucun des trois frères n’existe vraiment, que chacun des personnages sonne creux ? Est-ce à cause des stéréotypes, le voyou, l’intellectuel candide et portant nécessairement lunettes, le rustique transplanté en ville, chacun prisonnier de sa vignette ? En tous cas, les trois comédiens qui les interprètent ont beau se démener, sourciller, regarder avec l’étonnement de la candeur, galéjer, il ne sortent jamais de la découpe où on les a casés.
Que pouvaient attendre trois arabes débarquant en banlieue parisienne à l’époque, sinon finir à Pigalle, habiter les bidonvilles de Nanterre et fréquenter les arrières salles où la rébellion FLN se met en place en France.
C’est un comble s’il finit par se dégager de ces vies parsemées d’obstacles, de difficultés, de toutes sortes de dangers pourtant bien réels, un angélisme basé sur les fondations et les règles de la solidarité familiale.
Reste que "Hors-la-Loi" a le mérite de revenir sur ces épisodes de l’histoire si rarement traités au cinéma. Les massacres de Sétif et de la région de Guelma ont existé. Des milliers d’algériens y ont succombé mais également des familles françaises. La rébellion neutralisée à l’époque ressurgira neuf années plus tard en novembre 1954 reprenant le fil du courant de l’Histoire.
Francis Dubois

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