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Un film de Manuel von Stürler (Suisse)

"Hiver nomade" Sortie en salles le 6 février 2013

Carole et Pascal sont un couple de bergers suisses.
Ils partent pour la transhumance hivernale avec un troupeau de huit cents moutons, trois ânes et quatre chiens. Ils sont équipés pour le bivouac, ont chargé les ânes de bâches, de peaux de bêtes et de victuailles.
Cette odyssée hivernale au cœur des montagnes, de la nature et du monde rural est, à tous les points de vue et en dépit des difficultés qui jalonnent les 600 kilomètres à parcourir, tonique, chaleureuse et il s’en dégage une vraie sérénité.

Ce qui marque le plus dans "Hiver nomade", c’est la complicité naturelle qui s’établit très vite, dès les tous premiers jours, entre les bergers et les bêtes.
Avec les chiens qu’on sent complices, complètement dévoués à leurs maîtres et qui ne rechignent jamais à recevoir en retour de leur bon travail, une caresse, une flatterie…
Les ânes dont les caprices parfois, semblent faire partie du jeu. L’un d’eux prend subitement un mauvais chemin, se fait rappeler à l’ordre. Un mouvement de tête ou le rythme du trot qui ressemblent à de l’humour, expriment la satisfaction d’avoir commis une bonne farce.
Les moutons, par leur nombre sont moins saisissables mais on peut facilement imaginer que sans les connaître un à un, les bergers seraient en mesure de s’apercevoir de l’absence de l’un d’eux s’il venait à manquer.
On est partis ensemble pour quatre mois. L’hiver est rude. On avance dans la brume, dans la bourrasque de neige, dans le vent glacial. On avance sur des passages étroits. Il ne s’agit pas d’empiéter sur les terres cultivées, de piétiner la jachère.
Avec les autoroutes, les voies rapides, la configuration du trajet a changé et il faut néanmoins nourrir le troupeau, trouver des haltes où sous la couche de neige, l’herbe reste grasse et nourrissante.
Que représentent ces transhumances à une époque où les élevages se font en batterie, dans des lieux clos où les animaux sont parqués ? Le maintien isolé d’un élevage de qualité pour une viande de choix ? Un point de résistance face à une dérive du monde agricole voué au meilleur rendement quelqu’en soit le prix ? L’un des vestiges d’un monde dépassé et désormais obsolète ?
Si "Hiver nomade" témoigne d’une douceur de vivre, d’une vraie entreprise d’équipe, de ce rapprochement si rassurant possible entre les hommes et les bêtes, on ne peut s’empêcher de ressentir une amertume à se dire que cette réalité est moribonde, que pour de multiples raisons, les transhumances disparaîtront et avec elles, tout un pan du monde rural.
Déjà, des signes inquiètent. Le rétrécissement des voies ouvertes à la transhumance ou encore, le mitraillage des touristes, photographes amateurs qui, dans leur acharnement à photographier le passage des bêtes semblent sonner le glas de cette technique d’élevage.

Il y a, dans le film un "personnage" irrésistible, celui du chiot de quelques mois qui fait là son premier voyage. Avec l’insouciance de son âge, considéré comme la mascotte de l’équipée, il apprend par mimétisme ou par instinct à devenir un chien de berger.
Mais lui laissera-t-on le temps de le devenir ?
Francis Dubois

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