Actualité théâtrale

Jusqu’au 3 juin au Vingtième théâtre

« Haïm » Partenaire Réduc’snes

« Haïm »
à la lumière d’un violon

L’histoire est celle de Haïm Lipsky, violoniste juif né à Lodz dans les années vingt. Il survécut au ghetto, à la déportation à Auschwitz et à la marche de la mort grâce à la musique. Parti pour Israël accompagné de sa jeune femme à la fin de la guerre, il a rejeté le polonais pour ne plus parler que le yiddish et l’hébreu et est devenu électricien. S’il n’est jamais devenu un musicien professionnel alors que tout l’y destinait, il a transmis sa passion à ses enfants qui sont devenus des musiciens reconnus internationalement.

Le spectacle écrit et mis en scène par Gérald Garutti s’organise en trois parties. Le début évoque l’enfance et l’adolescence à Lodz, dans une famille juive pauvre, où l’on chante un peu de tout, des prières aux mélodies sentimentales et où la mère n’hésite pas à s’endetter pour lui acheter une mandoline. Mais c’est du violon qu’il est amoureux, hypnotisé en particulier par le Concerto de Mendelssohn. La seconde partie évoque d’abord l’enfermement dans le ghetto après l’invasion de la Pologne par Hitler, la misère, la faim, les morts par centaines chaque jour et le travail harassant, dont Haïm réussit parfois à s’évader pour jouer avec des musiciens klezmer. Déporté à Auschwitz, il survivra parce qu’il est pris dans l’orchestre du camp, obligé de jouer des marches joyeuses tandis que les autres déportés partent au travail et y meurent d’épuisement et de faim. En janvier 1945, au cours de la marche de la mort, où les gardiens obligent les déportés survivants à partir avec eux, il réussit à s’enfuir. Il est caché par une veuve, Maria, qui a perdu ses deux fils. Elle lui offre un petit violon qui ne le quittera plus. La dernière partie évoque la fin de la guerre. Haïm a perdu toute sa famille. Il ne veut plus « parler que le yiddish et le silence ». Il se marie, part, un peu par hasard, en Israël et ne joue plus de son violon. Mais c’est à ses enfants qu’il transmet le flambeau et c’est sur le petit violon que lui a offert Maria qu’ils ont appris à jouer. Il est toujours vivant, encore alerte en dépit de ses 90 ans.

Sur le plateau, une récitante en pantalon et gilet masculins, installée devant un pupitre de musicien raconte la vie de Haïm. C’est Anouk Grinberg. Petite silhouette mince aux cheveux ébouriffés, au fin visage émouvant, elle accroche les spectateurs par sa voix un peu rauque reconnaissable entre mille. Telle un chef d’orchestre, elle s’interrompt pour faire intervenir quatre voix musicales, le violoniste Naaman Sluchin, petit-fils de Haïm Lipsky, qui interprète son grand-père, la pianiste Dana Ciocarlie et le duo Klezmer les Mentsh avec Alexis Kune à l’accordéon et Samuel Maquin à la clarinette. Le spectacle réussit à tisser très harmonieusement le lien entre le texte et la musique. Les morceaux classiques - le concerto de Mendelssohn, joué d’une façon admirable tant par la virtuosité que par l’émotion qui s’en dégage, par le petit-fils de Haïm, ou le Quatre mains de Dvorak joué au piano par le violoniste et la pianiste par exemple – alternent avec de la musique klezmer où Naaman Sluchin joue avec les Mentsh.

L’histoire est belle et cet hommage à Haïm constitue un très émouvant hymne à la vie et à la musique.

Micheline Rousselet

 

Les samedis à 15h les 18 février, 3, 10 et 31 mars, 7, 14 et 21 avril.

Tous les dimanches à 20h30 jusqu’au 3 juin, sauf les 11 mars, 22 avril et 6 mai.

En semaine les 2,3 et 4 mai à 21h30.

Vingtième Théâtre

7 rue des Plâtrières, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 65 97 90

 

 

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