Actualité théâtrale

Jusqu’au 23 octobre au Théâtre du Rond Point

« Gaspard Proust »

Il arrive de la salle avec sa parka, monte sur scène, pose sa veste, sa bouteille d’eau et son portable sur une chaise. Il porte un jean et une chemise noire. Il a l’air d’un jeune homme bien élevé et va débiter avec calme, sans aucun effet théâtral, un texte très écrit, truffé d’insolences qui tournent parfois, souvent, à la méchanceté. D’où vient-il ? Né en Slovénie, diplômé d’une école de commerce, chargé de gestion du patrimoine d’une banque suisse, plus clairement dit chargé d’organiser la défiscalisation des clients de la banque, c’est peut-être de là qu’il tire son goût du paradoxe et un certain cynisme, terme qu’il dit détester qu’on lui applique. Il ne parle pas d’actualité, de Sarkozy, il s’attaque au nazisme, aux religions, aux bourgeoises (toujours les femmes), aux lecteurs de Télérama et aux femmes. Il fait rire et triomphe depuis ses débuts. Radios et journaux se l’arrachent.
On l’a parfois comparé à Pierre Desproges, dont il a l’ironie dérangeante. Il en a aussi le goût de l’attaque frontale, de la formule (Senior, c’est la sénilité qui s’ignore), du paradoxe (Si la mondialisation est une guerre à quoi sert d’ouvrir des écoles en Afrique) et de la réflexion décalée (Le Japon a reçu les deux seules bombes atomiques de l’histoire et il continue à construire des centrales nucléaires). Il dit qu’il « décrit et incarne ce début de siècle », qu’il « incarne la lucidité sans idéal ». Il dit que l’on ne peut plus s’engager, que l’histoire ne cesse de se répéter et qu’il apprécie les raisonnements tortueux et paradoxaux (heureusement qu’il y a des inégalités car si nous étions tous riches, on consommerait et on polluerait plus). Il y a chez lui un côté individualiste forcené, apparemment revenu de tout, très en phase avec certains traits de notre époque, dérangeant et qui fait rire.
Si on adore ses propos sur le nazisme (le nazisme a commis quelques erreurs comme envahir la Pologne au lieu de la Suisse. C’est comme si vous habitiez en face d’une banque et que vous alliez braquer le kebab du coin) ou sur les religions (il s’attaque à toutes, sans discrimination, ce qui change un peu !), on peut regretter qu’il se laisse aller à des propos lourds à la limite de la vulgarité lorsqu’il parle des femmes qu’il classe comme des vins, des grands crus au vinaigre, la pire étant la trentenaire célibataire. C’est dommage car il écrit très bien et a trouvé un style sur scène.
Micheline Rousselet

Tous les jours sauf le lundi à 18h30
Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

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