Actualité théâtrale

Du 15 au 19 juillet, du 23 au 26 juillet, du 30 juillet au 2 août à Turin

« Festival teatro a corte »

Depuis de nombreuses années, pour trois week-ends en juillet, les châteaux de la Maison de Savoie autour de Turin et le teatro Astra à Turin accueillent des installations, des spectacles de danse et de cirque contemporain venus de divers pays européens. C’est l’occasion de découvrir le patrimoine magnifique, encore trop peu connu, de la région du Piémont. Mettant à l’honneur cette année des troupes venues d’Allemagne et le thème de l’alimentation qui domine aussi l’Expo de Milan, le Festival privilégie les créations in situ.
Théatre : festival Turin
Durant le premier week-end, le château de Stupinigi, résidence de chasse des Princes de Savoie a accueilli la création de Voglio vogli a , une proposition du jeune chorégraphe piémontais Andrea Costanzo Martini avec la danseuse israélienne Adi Weinberg. Pour ce château dédié à la chasse dont le toit s’orne d’une magnifique statue de cerf, Martini a souhaité confronter le décor précieux du salon de Stupinigi avec ses dorures et son splendide lustre de cristal, où l’on imagine la déambulation de femmes élégantes et sophistiquées, au monde des animaux sauvages tel que les utilise la télévision dans des publicités. Les grognements d’un cochon, le hurlement d’un loup, le rugissement d’un lion, les images sur l’écran de télévision accompagnent les évolutions des deux danseurs où l’on retrouve une gamme d’émotions allant de la conflictualité au désir, de la sexualité à la vanité. Les sautillements de la danseuse, son cou dressé font un écho plein d’humour à l’image des autruches sur l’écran de télévision.

Sur le mur d’un des bâtiments qui bordent le Palazzo Reale, en plein centre de Turin, le groupe allemand Grotest Maru a présenté Timebank , de la « danse verticale ». Des managers en costumes gris, le visage aussi gris que leurs costumes, munis d’attachés-cases, se croisent, se serrent la main, entrent en compétition pour occuper la première place, puis se déplacent à la verticale sur les murs, suspendus à des cordes, laissant tomber de leurs mallettes de mystérieuses bandes de papier que l’on imagine couvertes de comptes ou de cours de bourse. Le temps rythme l’activité de ces êtres au visage figé, en déséquilibre sur les murs, lancés dans une vaine recherche d’un profit toujours plus grand.

La critique des travers de notre société se retrouve dans les deux installations consacrées à la question de la nourriture. L’une, Il falso convitto, entraîne dans un petit train une dizaine de spectateurs dans un court voyage dans les jardins du château de La Venaria Reale, le petit Versailles turinois. Le point d’orgue de ce voyage est un moment plein d’humour où des marionnettes-fruits de toutes les couleurs chantent l’opéra, révélant la surabondance de notre production alimentaire en contraste avec la « mal bouffe » liée à l’industrialisation de notre alimentation. La seconde installation-performance, Con-vivium , pensée par les étudiants et Francesca Arri, est présentée à l’Academia Albertina de Turin, une des plus anciennes universités d’art d’Europe. Les spectateurs découvrent une magnifique table dressée pour un festin baroque, rivalisant de couleurs, de matières et de formes. Gâteaux, viandes, liqueurs, petits fours, tout est admirable, mais faux. Incongrues, quelques assiettes d’insectes se glissent entre les plats plus habituels, allusion à la menace d’un monde affamé ou annonce d’une nourriture future ? Soudain l’admiration des spectateurs tournant autour de la table est perturbée par l’arrivée d’une femme obèse qui se jette voracement sur la nourriture puis vomit, tandis qu’autour de la table des hommes et des femmes exclus du banquet de la richesse, tournent de plus en plus menaçants jusqu’à la destruction finale.

Le cirque contemporain a trouvé sa place avec trois compagnies. La Compagnie Gandini Juggling, trois garçons et trois filles qui jonglent sur la musique rock des années 70, a présenté 8 songs . Avec Capilotractées que l’on a pu voir cet hiver au Monfort, deux acrobates prouvent que l’on peut aussi se suspendre par les cheveux et voltiger ainsi. La Compagnie Lonely Circus présente Fall, fell, fallen #S . Jerôme Hoffmann grimpe sur des tasseaux de bois, trouvant des équilibres surprenants, jouant sur la chute, celle des tasseaux et la sienne, tandis que Sébastien Le Guen imagine une musique sur des instruments tout aussi improbables, avec lesquels il semble lui aussi, lutter entre équilibre et chute.

Parmi les points forts du week-end, il faut noter particulièrement la création chorégraphique de Jann Gallois, P=mg . Cette jeune chorégraphe française, qui a commencé par le hip hop mais a aussi dansé pour Angelin Preljocaj et les Ballets C de la B, s’inscrit désormais dans la danse contemporaine et a reçu le prix Jeune talent. Partie d’une réflexion sur son histoire où sa famille s’opposait à son désir de danser, elle a imaginé ce solo. Elle a voulu revenir au fondamental du mouvement en montrant un corps qui tente d’échapper à la gravité. La danseuse commence par lutter, tentant de s’appuyer sur le sol pour lever un bras, une jambe ou un pied ou s’élançant avec force sans parvenir à s’élever. Inlassablement elle continue à chercher à se dresser, à échapper à la pesanteur terrestre jusqu’au moment où elle semble lâcher prise et se couche. Puis par de petits mouvements, elle apprivoise peu à peu la contrainte et son corps se dresse, exprimant le plaisir d’être debout. Les bras se mettent à tourner de plus en plus vite comme le rotor d’un hélicoptère prêt à s’élancer. Elle triomphe ! Les lumières et le son très travaillés rendent le spectacle fascinant.

Le festival se poursuit les deux autres week-ends de juillet accueillant d’autres troupes et offrant comme chaque année une magnifique vitrine à la création contemporaine.

Micheline Rousselet

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