Forum social mondial

FSM Tunis 2015 - atelier sur le second degré

Le SNES-FSU a organisé un atelier « vers un second degré pour tous ? Les enjeux du processus post 2015 ».

Etaient présents les syndicats : FENECO RDC, SYNESCI Côte d’Ivoire, EGITIM-SEN Turquie, STES Espagne, FENPROF Portugal, GEW Allemagne, SNUEP-FSU et SNES-FSU France, ainsi que l’Internationale de l’Education.

Pourquoi cet atelier ?

En 2000, à Dakar, un plan sur 15 ans, préparé par l’ONU, a été adopté, avec 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), le 2ème étant : « assurer l’éducation primaire pour tous ». Quinze ans plus tard, le bilan est contrasté : +50 millions d’enfants scolarisés en primaire, mais des inégalités accrues et des manques, avec 57 millions d’enfants d’âge scolaire non encore scolarisés et 71 millions d’enfants non scolarisés dans le secondaire.

Ce bilan, concernant l’éducation mais également les autres objectifs, ne peut qu’exiger une poursuite de la mise en oeuvre voire d’en fixer de nouveaux.

Depuis plus d’un an, l’ONU a lancé un nouveau processus, « post-2015 », pour définir des objectifs du développement durable. L’une des innovations de ce processus consiste à inclure la société civile, participation toutefois inégale selon les pays.

Autre nouveauté importante, les objectifs qui seront visés pour 2030 ne concerneront plus exclusivement les pays en voie de développement, mais l’ensemble de tous les pays du monde.

Après l’Assemblée Générale annuelle l’ONU de septembre 2014, Ban Ki Moon a validé 17 objectifs et 169 cibles d’un premier rapport international. Un cycle de négociations entre Etats a débuté en janvier, et doit être achevé dans les semaines qui viennent, pour adoption à l’AG annuelle de l’ONU à New York en septembre.

Parallèlement au processus onusien global, l’UNESCO a conduit depuis plus d’un an des bilans, sur tous les continents, afin de contribuer à l’élaboration des objectifs post-2015 pour l’Education.

L’accord de Mascate, en Mai 2014, a placé les ambitions en matière d’Education à un niveau élevé (« cycle d’éducation de base de qualité, gratuit et obligatoire, de 9 années au moins »), y compris en matière de financement (4-6 % du produit intérieur brut [PIB] et de 15-20 % des dépenses publiques totales en faveur de l’éducation).

Les versions actuelles des textes concernant l’Education prévoient donc un saut qualitatif important : après l’objectif de scolarisation en primaire pour tous décidé en 2000, il s’agit maintenant de viser la scolarisation universelle au premier cycle du secondaire.

Le processus « post 2015 » entre maintenant dans sa dernière étape, avant le Forum Mondial de l’Education de Corée en Mai et l’Assemblée Générale de l’ONU à New-York en septembre.

Cet atelier proposait donc de faire le point sur cette question. Quelles sont les spécificités du Secondaire ? Que peut-on attendre d’une hausse de la scolarisation au Secondaire ? Cet objectif est-il réaliste ?

Sur le terrain, où en est-on ?

Augustin Tumba (FENECO) a exposé les difficultés rencontrées dans la scolarisation universelle au primaire : problèmes d’infrastructures, frais scolaires élevés, prise en charge des salaires des enseignants par les parents d’élèves, faible financement par l’Etat, insuffisante mobilisation de la communauté internationale...

Même constat au Mali, où la massification s’est opérée au détriment de la qualité, en raison des programmes d’ajustement structurel qui ont étranglé l’Etat : fermetures d’écoles de formation des enseignants, doubles-divisions, écoles communautaires...

Siaka Traoré (SYNESCI) a décrit une situation similaire en Côte d’Ivoire : désengagement de l’Etat, baisse du taux de scolarisation, enseignants bénévoles...

En Turquie, le système public d’éducation prévoit 12 années de scolarisation gratuite, mais dans les faits ce système est fortement attaqué par le développement d’écoles privées confessionnelles.

Au Portugal, la scolarité obligatoire a été portée à 12 années depuis 2009. Les plans d’austérité actuels, qui s’attaquent aux services public et tout particulièrement à l’Education, vont-ils remettre en question cet acquis ?

En Espagne, l’âge de la scolarité obligatoire est fixé à 16 ans depuis seulement 20 ans.

En France, la scolarité reste obligatoire jusqu’à 16 ans. On observe une baisse de la scolarisation des 15-19 ans (89% en 1995, 84% en 2010) - qui cependant reste au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE - alors qu’elle a augmenté pour presque tous les pays de l’OCDE pendant la même période (75 → 83%). Les trois voies de scolarisation au lycée (professionnel, technique, général), conçues pour permettre la réussite de tous les jeunes, sont socialement et sexuellement marquées.

De multiples raisons de développer le second degré

Sandrine Charrier, pour le secteur Contenus du SNES-FSU, a exposé les arguments de fond qui plaident pour le développement du Second Degré.

Dans un contexte mondial de plus en plus complexe, où inégalités et conflits se développent, il est plus que jamais indispensable de disposer de clés pour comprendre le monde et agir sur la société. L’éducation et la formation initiales sont un levier majeur pour le développement économique et social, culturel et démocratique d’un pays. L’élévation des qualifications des jeunes au sortir du système éducatif, et l’accès aux diplômes correspondants, restent la meilleure protection contre le chômage et la précarité et donnent à l’élève les clés lui permettant d’appréhender les débats économiques et sociétaux et de s’y impliquer. Le Second Degré développe l’abstraction, la restitution, l’explicitation, l’esprit critique, la rigueur intellectuelle, l’accès à l’autonomie, il permet la rencontre avec les œuvres.

Ainsi, le SNES-FSU demande que la scolarité obligatoire soit portée à 18 ans, au niveau du baccalauréat. Si l’Ecole doit préparer à l’insertion professionnelle, son rôle ne saurait être uniquement utilitariste.

En France, chacune des trois voies du lycée poursuit des objectifs spécifiques, avec des contenus et des modes d’appropriation des savoirs différents. Un tel Second Degré, ambitieux, requiert une solide formation des enseignants, de manière à leur permettre d’exercer pleinement leur métier de concepteurs.

Siaka Traoré a partagé cette approche : outre l’appropriation de savoirs, le Second Degré apporte des compétences pour la vie, des valeurs sociales comme la démocratie, le vivre-ensemble... C’est là que se forge la personnalité du jeune élève, que la construction de l’esprit critique peut lui éviter d’être une proie facile pour les extrémismes.

En outre, Augustin Tumba a également pointé la nécessité du développement du Secondaire pour aboutir à la formation d’enseignants. Siaka Traoré (SYNESCI) a quant à lui décrit le Secondaire comme le lien nécessaire entre primaire et supérieur.

Barbara Geier (GEW) a souligné que le Second Degré a un impact particulier sur les filles. Elle mentionne en effet une étude qui a montré que, dans les pays où les filles sont massivement scolarisées dans le Secondaire, le nombre de mariages de jeunes filles est réduit de moitié, de même que celui de jeunes filles-mères.

Et maintenant, que faire ?

Les erreurs commises depuis 2000, une massification sans les infrastructures de qualité ni les personnels qualifiés, ne doivent pas se reproduire. Pour cela, il faut s’appuyer sur des bilans non uniquement quantitatifs.

Siaka Traoré estime que les défis sont énormes : il faut que la Loi impose la scolarisation au Secondaire, il faut investir dans les infrastructures d’accueil, les cantines et les kits scolaires ; sans oublier de réformer les curriculum et de recruter des enseignants de qualité.

La campagne mondiale de l’IE « unis pour une éducation de qualité », depuis deux ans, en étroite collaboration avec l’UNESCO, semble avoir rendu cet aspect incontournable désormais.

Selon Richard Langlois (IE), les accords internationaux sont nécessaires mais pas suffisants. Les organisations syndicales, avec l’IE, doivent pousser les gouvernements à se mobiliser, pour parvenir à un accord qui serait historique.

L’enjeu est clairement maintenant celui du financement : les Etats doivent s’engager à consacrer un pourcentage minimal de leur PIB, 6% par exemple, à l’Education.

Sandrine Charrier, Florian Lascroux

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