Ils ont dit

Expression directe consacrée à la précarité dans la Fonction publique (dimanche 3 février 2008)

Qu’est-ce qu’"Expression directe" ?

"Elle permet à des groupes représentatifs (partis politiques, syndicats, mouvements d’entrepreneurs) de disposer d’un espace d’expression libre sur les antennes publiques de télévision. Elle fut directement inspirée de la volonté du président Valéry Giscard d’Estaing d’un dialogue direct avec les Français. [...] Cette émission est une obligation pour France Télévisions, car elle fait partie de ses statuts." Extrait de Wikipédia
Retranscription de l’émission

Voix off : Petite devinette ... Où exercent ces deux salariés ?

Vincent, non-titulaire de l’éducation nationale : Je suis passé un peu par tous les stades de la précarité de l’emploi.

Julie, auxiliaire de vie scolaire : Je suis payée 80 % du SMIC soit 863 euros à peu près.

Voix off : Contrats précaires, salaires de misère ? Allez : un indice supplémentaire !

Vincent : J’ai connu les CDD, les vacations - un vacataire c’est quelqu’un qui est payé à l’heure et qui n’a aucun droit social élémentaire, c’est-à-dire qu’il n’a pas de congé maladie, il n’a pas droit aux congés payés, il n’ouvre pas de droit à la retraite, c’est un contrat qui est extrêmement précaire, c’est d’ailleurs le contraire le plus précaire qui soit en France.

Julie : Dans un mois et demi, mon contrat est terminé et je n’ai plus rien. C’est assedics, ANPE, je me trouve un autre travail et puis voilà.

Voix off : Vous n’avez pas trouvé ? la réponse est surprenante.

Vincent : J’ai trente ans et j’ai six ans d’ancienneté dans la fonction publique.

Julie : J’ai 22 ans et je suis auxiliaire de vie scolaire individualisée dans les écoles. J’accompagne un enfant handicapé dans son travail, au sport, dans sa vie de tous les jours

Voix off : Vincent et Julie sont effectivement deux salariés de la fonction publique. Qui peut honnêtement encore parler de privilégiés ?

Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU : On a toujours le sentiment fonctionnaires égalent stabilité de l’emploi, égalent parfois privilèges, avantages et on oublie qu’il y a environ 15 % de personnels qui sont précaires dans la Fonction publique il y en a un peu plus dans la territoriale et un peu moins dans l’Etat.

Anne Feray, co-responsable du secteur Emploi : Il y a tous types de fonctions : il y a des enseignants, des personnels administratifs, des assistantes maternelles, les assistants d’éducation qui, dans les collèges, les écoles, s’occupent de la surveillance ou accompagnent des élèves handicapés.

Gérard Aschieri : il y a beaucoup d’emplois qui sont des emplois permanents, c’est-à-dire qui correspondent à des emplois permanents de l’Etat ou des collectivités et qui sont occupés par des personnels précaires.

Voix off : Dans ce domaine, l’administration, qui devrait donner l’exemple, ne fait pas mieux que le secteur privé.

Anne Feray : Il y a une situation qui nous paraît devoir être dénoncée, c’est celle des contrats de dix mois. Ce sont des personnes embauchées souvent début septembre jusqu’à la fin du mois de juin et puis, pendant l’été, on les met au chômage et au mois de septembre suivant on les reprend.

Gérard Aschieri : C’est très mal payé. Quand je dis, l’Etat est exemplaire dans le mauvais sens, il ne fait pas mieux que certaines chaînes de supermarché avec leurs caissières

Julie : Eh bien, ce sont les fins de mois qui sont difficiles, comme beaucoup de français à mon avis, au quotidien c’est « est-ce que je peux partir en vacances ? » oui, non, souvent c’est non parce que je n’ai pas assez d’argent, « est-ce que je peux m’acheter des affaires ? » non, c’est pas facile...

Voix off : Outre un inconfort personnel, cette précarité entraîne des conséquences préjudiciables au bon déroulement du travail.

Gérard Aschiéri : Si on pense qu’on a besoin de travailler en équipe, de travailler sur la durée, comment voulez-vous que quelqu’un qui est précaire puisse valablement s’intégrer dans un projet sur la durée, s’intégrer dans une équipe sur la durée ? C’est qu’ils sont dans l’impossibilité matérielle de le faire, avec l’épée de Damoclès de la perte d’emploi au dessus de leur tête.

Anne Feray : Nous, on demande la discussion d’un plan de titularisation. Les situations sont diverses, donc les réponses, les solutions à apporter sont extrêmement diverses.

Gérard Aschieri : Là où il y a des besoins permanents, recruter des fonctionnaires sur des emplois statutaires.

Anne Feray : Dans d’autres cas, il faut reconnaître l’expérience acquise par les personnels dans leur travail pour faciliter leur accès à la fonction publique et au statut.

Voix off : Une invitation à négocier pour les pouvoirs publics qui jusqu’ici ont fait la sourde oreille...

Vincent : Il y a vraiment la volonté d’ignorer la question de la précarité !

Gérard Aschieri : Nous, on a une première responsabilité, c’est de dénoncer cette situation, c’est de la faire connaître et c’est un peu ce qu’on essaye de faire aujourd’hui...

Secteur Non-titulaires National

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