Actualité théâtrale

Exhibit B, un spectacle menacé

Exhibit B est une installation-performance de l’artiste Sud-Africain Brett Bailey qui, en douze tableaux vivants, dénonce les actes commis en Afrique pendant la période coloniale et encore aujourd’hui en Europe, envers certains immigrés venus d’Afrique. Ce n’est pas, comme le disent certains, qui pour la plupart n’ont pas vu l’installation, une reproduction des sinistres zoos humains. Il y a là des acteurs noirs, engagés dans chaque ville où se tient l’installation-performance, qui nous regardent et leur regard nous suit, nous interpelle. Ils ne sont pas craintifs, enfermés dans l’humiliation. Ils sont dignes et renvoient une image de ce que la colonisation a eu d’indigne. Il ne s’agit pas de traiter l’histoire de la colonisation, il s’agit de s’adresser à la sensibilité du spectateur, à son émotion. Et les élèves du 93, souvent issus de l’immigration, ne s’y sont pas trompés. C’est une œuvre qui met mal à l’aise le public qui la regarde. Avec Exhibit B, comme auparavant avec Exhibit A qui avait pour sujet le massacre des Herrero en Namibie, Brett Bailey souhaite faire exploser les stéréotypes raciaux et culturels.

Partie du Royaume-Uni, une pétition demande l’interdiction du spectacle. Certaines associations, en particulier la Brigade antinégrophobie ont décidé d’empêcher les représentations. Ils ont organisé une manifestation violente devant le théâtre de Saint-Denis où a lieu actuellement le spectacle et mobilisent contre le 104 qui présentera la performance ensuite. Jeudi dernier, ils ont tenté de pénétrer de force dans le théâtre, brisant une des baies vitrées à coups de marteau et agressant physiquement et verbalement des spectateurs. Le théâtre est actuellement obligé de présenter le spectacle sous protection policière. Il faut dénoncer une telle atteinte à la liberté d’expression qui rappelle trop les manifestations des intégristes catholiques l’an passé contre les œuvres de Castellucci par exemple. Le MRAP, la LDH et la Licra, tout comme des personnalités qui sont des emblèmes de l’antiracisme comme Lilian Thuram ou Pascal Blanchard soutiennent la performance, qui a été présentée sans remous en Avignon et à Poitiers. Le Cran, en dépit de certaines réticences n’a pas demandé l’interdiction de la performance. Le combat des idées n’a rien à gagner à une interdiction.

Cette volonté de faire interdire ce spectacle pose encore une autre question. Les signataires de l’appel à l’interdiction ne cessent de souligner que le spectacle est irrecevable car il est l’œuvre d’un Sud-Africain blanc. Mais c’est justement parce qu’il vient d’un pays qui a connu l’apartheid que ce sujet lui tient à cœur. Cela signifie-t-il qu’un artiste qui veut se battre contre le racisme et les horreurs de la colonisation ne peut être qu’un Noir, que celui qui veut lutter contre l’homophobie doit être gay ? C’est oublier un peu vite qu’il y a eu aussi des zoos humains présentant des Indiens, des Polynésiens et d’autres. Et surtout, c’est encourager le communautarisme, dont nous savons à quel point il mine le lien social.

Micheline Rousselet

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