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"Espion(s)" Un film de Nicolas Saada (France) - sortie en salles le 28 janvier

On attend toujours la première réalisation d’un critique de cinéma avec une curiosité particulière. Nicolas Saada, qui fut journaliste aux "Cahiers du cinéma" et travailla au département fiction d’Arte, réalisa en 2004 un long court métrage "Les parallèles" qui fut à l’affiche de nombreux festivals et nominé aux Césars 2005.
En choisissant pour son premier long métrage un scénario qui greffe sur un récit d’espionnage une histoire d’amour improbable, Nicolas Saada prenait un premier risque : celui de ne pas surprendre par son sujet. Il ne surprend pas plus avec une mise en scène élégante et un peu appliquée.
Deux employés au centre de triage d’un aéroport "visitent" parfois certaines valises et empochent au passage des objets de valeur. Mais le flacon de parfum dont s’asperge l’un d’eux contenait un explosif liquide. Il meurt brûlé et son collègue et complice se retrouve passible d’emprisonnement. C’est alors que la DST lui propose un marché : travailler pour les services secrets et entrer à Londres en contact avec un homme d’affaires anglais liés à des agents syriens. Il y parviendra en sympathisant avec Claire, sa femme, qui mène dans la capitale anglaise une vie de bourgeoise oisive…
"Espion(s)" est une réalisation(trop) irréprochable. La construction dramatique est parfaite et la partie espionnage du film s’articule de façon harmonieuse avec l’histoire d’amour mais sans que l’on sache cependant laquelle des deux est prioritaire. Le casting est soigné mais attendu et un peu lisse. Chacun remplit parfaitement sa case et le film gravit sagement les étapes de la progression dramatique jusqu’au suspens final mais sans émouvoir beaucoup ni tenir en haleine.
On peut aimer la photographie de Stéphane Fontaine mais la froideur de l’image va trop bien avec ce récit académique et l’on se met à regretter de ne pas rencontrer plus d’aspérités, de rugosité…
On peut considérer "Espion(s)" comme une réussite dans la mesure où le récit, le décor, la photographie ou le jeu des comédiens sont parfaitement maîtrisés. Mais on peut tout autant reprocher à cette perfection d’être trop "technique" et de ligoter récit et personnages dans une rigueur un peu glacée.
Et même si le contraste existe entre un Guillaume Canet frondeur et une Géraldine Pailhas un peu sage, l’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre dès leur première rencontre reste dans une tonalité prudente qui semble, d’un bout à l’autre, les tenir à distance des leurs sentiments enflammés.
Francis Dubois

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