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Un film d’Ingmar Bergman (Suède 1997)

"En présence d’un clown" Sortie en salles le 3 novembre 2010

Octobre 1925. Un homme passe inlassablement sur le plateau d’un électrophone ,"Der Leiermann", le dernier lied du "Voyage d’hiver" de Franz Schubert. Quand la caméra qui le montrait de buste s’éloigne, on découvre que la scène se passe dans la salle commune d’un hôpital. A l’approche du médecin, comme s’il était pris en faute, l’homme dissimule son tourne-disque et se plonge dans la banale attitude d’un lecteur. Il s’agit d’Akerblom, un ingénieur féru d’inventions jamais totalement abouties, qui, par ailleurs, porte une grande admiration à Schubert et demeure obsédé par la question de savoir quels furent les sentiments du musicien, ce matin d’avril 1823 où il eut confirmation qu’il était atteint de la syphilis.
Un autre malade le rejoint bientôt dans la salle commune. C’est Vogler, un professeur d’université retraité, qui se présente comme le fondateur du mouvement libertaire anti-chaos, "l’esclavage rompu" dont le droit de péter librement est l’une des premières revendications.
Akerblom a décidé de mettre au point un dispositif d’importance et selon ses affirmations, de grand intérêt pour l’humanité. Il s’agit de créer "La cinématographie vivante et parlante". Des images sont projetées sur un écran derrière lequel des acteurs prêtent leur voix aux personnages, laquelle parvient au public grâce à un haut parleur installé dans la salle.
Les deux hommes décident de faire aboutir leur projet et écrivent pour cela un scénario qui fait se croiser le récit des dernières années de la vie de Schubert et les mémoires de Mitzi, célèbre prostituée viennoise vierge et amoureuse du musicien.
Le film s’appellera "Les joies de la fille de joie" et sa fabrication est bientôt mise en œuvre.
Le tandem est secondé dans son entreprise par deux femmes amoureuses, belles et beaucoup plus jeunes qu’eux…
"En présence d’un clown" est l’avant-dernier film qu’a réalisé Ingmar Bergman, juste avant "Saraband". Il s’agit, en même temps qu’un hommage à Schubert, de la représentation d’un mélodrame à l’eau de rose réunissant tous les clichés, poussant l’audace jusqu’à l’image finale représentant Schubert sur son lit de mort avec, penché sur lui, le visage blafard, le regard évocateur de Mitzi.
Il aura fallu dix années d’attente et autant d’âpres négociations pour que "En présence d’un clown", longtemps estampillé "téléfilm" (comme le fut "Saraband"), soit bientôt diffusé en salles et considéré comme un des chefs d’œuvre de son auteur.
Après le prologue de l’hôpital et la rencontre des deux compères, le film se fixe sur l’une des étapes essentielle du travail de la troupe dans un baraquement, battu par le vent et la neige. Les deux personnages se montrent fantasques, versatiles et à la limite de l’espièglerie, faisant passer le récit par des tonalités changeantes, des "humeurs" variant de la mélancolie à la colère en passant par les épisodes enjoués de la joie créatrice et de la bouffonnerie.

La franche fantaisie n’exclut pas la cruauté et le trivial mais sans pour autant altérer l’harmonie générale de l’œuvre. Et la mort rôde sous la forme d’un clown blanc sodomite exprimant la malice et la terreur de la folie…
Magistral et magnifique…
Francis Dubois

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