Actualité théâtrale

au Théâtre Le Ranelagh

"En filigrane" Jusqu’au 10 avril

A priori on n’imagine pas un duo violoncelle et danse hip-hop. Pourtant c’est ce que nous propose En filigrane. Lui est une montagne de muscles, très grand, noir, elle est petite, blonde et fine. Ils jouent d’abord sur leurs différences, le sérieux de la musique de Bach opposé à l’énergie des danses urbaines, douceur d’un côté, violence de l’autre. Puis ils vont s’attirer, l’archet et le violoncelle de l’une face au corps de l’autre.

Au début elle frappe sur son violoncelle, l’archet frotte les cordes. Le danseur arrive, hésitant, masse prête à se briser. Il ondule derrière le violoncelle, l’observe. Elle semble l’appeler en grattant les cordes, il s’enhardit, la provoque. Imperturbable, elle continue à jouer ou se dégage. Il se sert de son corps comme de percussions, tente de s’insérer entre le violoncelle et l’instrumentiste, essaie de lui enlever son instrument. Elle danse, se joue de lui avec douceur caresse son corps avec l’archet. Chacun est à l’écoute de l’autre et part à sa rencontre. Ils se jouent de tous les stéréotypes et du classement dans un genre. La musique passe des suites pour violoncelle de Bach, à la sonate de Gaspar Cassado, des Ragtimes à Carmen et à des ballades africaines. Les deux artistes renouvellent sans cesse les approches pour éviter toute monotonie. Pour Carmen, une robe de soirée rouge et un costume blanc tombent des cintres et la danse de la séduction peut s’enflammer. La conception multimedia signée Julien Tarride et IAPS enrichit le spectacle avec beaucoup d’humour. La violoncelliste se trouve incluse dans l’image fameuse de Maurice Baquet attendant avec son violoncelle sous la pluie et les deux artistes se poursuivent en ombres chinoise sur une portée musicale qui a parfois le mal de mer ou devient fil de fer pour funambule !
Ophélie Gaillard, primée aux Victoires de la musique et pour de nombreux disques qu’elle a enregistrés avec un collectif de virtuoses jouant sur des instruments historiques, illumine la scène non seulement par ses qualités de violoncelliste, mais aussi par son jeu plein d’humanité et d’humour. Elle est parfaite face à Ibrahim Sissoko, qui a été soliste pour le célèbre chorégraphe Robyn Orlin au Théâtre de La Ville, et dont l’objectif est aussi de faire de la danse un moyen de créer des liens. C’est ce qu’ils font, entre virtuosité et tendresse, se jouant des conventions avec humour et poésie.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Relâches les 18 mars et 1er avril
Théâtre Le Ranelagh
5 rue des Vignes, 75016 Paris
Réservations : 01 42 88 64 44

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