philosophie avant la terminale

Éléments de réflexion sur l’enseignement de la philosophie en classes de seconde et de première (mai 2011)

La circulaire du ministre en date du 3 mars 2011 affirme vouloir « préparer l’élève à développer l’aptitude à l’analyse, le goût des notions exactes et le sens de la responsabilité intellectuelle ».
Louable projet. Et nous sommes évidemment favorables au désenclavement de l’enseignement de la philosophie, en amont comme en aval de la classe terminale.
Toutefois, plusieurs réflexions s’imposent :

 D’abord, pour pouvoir enseigner la philosophie avant la terminale, encore faut-il que cet enseignement reste possible. Pour cela, le maintien des dédoublements en classes technologiques ainsi que celui de la 4ième heure professeur en classe de terminale S demeurent des préalables.

 Les collègues sont déjà soumis à un empilement des tâches et une augmentation de la charge de travail tels qu’ils n’ont pour la plupart absolument pas le temps de se lancer dans un travail important de proposition d’un enseignement qui se rajouterait de toute façon en heures supplémentaires à leur service.

 Concrètement, la forme proposée par la circulaire ( « des interventions de professeurs de philosophie en classe de seconde et dans les trois séries de première générale ») soulève de nombreuses difficultés.

* Comment peut s’organiser notre intervention ? Il s’agit de préparer un projet avec un collègue d’une autre discipline, puis de se glisser dans ses heures pour enseigner. Pour le collègue, cela signifie beaucoup de travail, et au bout, des heures de cours en moins. Pour nous, beaucoup de travail aussi, contre quelques HSE qui dépendent de « l’autonomie des établissements ». Dans un contexte d’heures réduites et de programmes étouffants, quel collègue irait céder ses heures de SVT ou de physique dans de telles conditions ?
* Les projets ont été déposés après la détermination des DGH. Ces quelques heures annuelles seront donc nécessairement payées en HSE. Et jamais des HSE n’ont permis de sauver des postes.
* La barre des 30 heures annuelles évoquée par la circulaire risque d’être une hypothèse jamais atteinte en réalité, car cela supposerait que l’enseignant qui accueille se dessaisisse de sa classe pendant ce même nombre d’heures. Les projets semblent plutôt porter vers un investissement d’une quinzaine d’heures. Beaucoup de travail donc pour un enseignement très réduit.

Une intervention pérenne ne peut se concevoir qu’à partir d’une stabilisation des projets et d’un contenu pédagogique capable d’ancrer notre discipline dans tous les niveaux de l’enseignement secondaire. Le travail en pluridisciplinarité a pour limite la pauvreté des heures allouées et l’absence d’un plan à long terme pour l’intégration de la philosophie dans ces niveaux. L’idée d’un enseignement qui se tournerait vers un « enseignement général » est une piste : un travail sur les sciences humaines qui incorporerait anthropologie et ethnologie. Il s’agit de renforcer les outils de comparaison et d’étendre le champ des perspectives en ouveture vers d’autres civilisations dans le cadre d’une réflexion sur les us et coutumes. La linguistique serait un élément de cet apprentissage. L’analyse des langues et des infra-langues permettant de travailler sur les formes du langage, les formes culturelles, la transmission symbolique, la formation des codes linguistiques et leurs correspondants sociaux. Un tel programme permettrait une approche par l’élève des éléments fondamentaux de la constitution d’un groupe et d’une société en même temps que des comparaisons qui font souvent défaut dans l’élaboration d’une réflexion autonome chez les élèves.

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