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Dieu est un steward de bonne composition au Théâtre du Rond-Point

Un texte d’Yves Ravey, enseignant dans un collège de Besançon et écrivain ("La table des singes" 1985-Gallimard, et aux Ed. de Minuit "Bureau des illettrés" 1992, "Le cours classique" 1995, "Alerte" 1996, "Moteur" 1997), mis en scène par Jean-Michel Ribes, avec Michel Aumont, Claude Brasseur et Judith Magre.
Au Théâtre du Rond Point, Salle Renaud-Barrault, jusqu’au 12 mars 2005 (www.theatredurondpoint.fr).

Le steward, Alfredo, revient chez sa mère après trente ans d’absence, pour récupérer un certificat de nationalité afin de se marier. Dans la maison familiale il retrouve sa sœur Walserina, et Potlesnik l’homme à tout faire de la maison. Ces trois là s’aiment et se haïssent avec violence. Le steward ne cherche pas à se souvenir du passé familial, mais Potlesnik et Walserina ne cessent de le prier de se souvenir, et cela le renvoie à ses peurs d’enfant immigré passant la frontière plus ou moins clandestinement avec sa sœur et sa mère, à ses incompréhensions d’enfant devant les relations complexes qui lient Walserina, Potlesnik et la mère. Pourtant Alfredo le sait, avec le souvenir ce sont les idées noires qui vont prendre le dessus. Et pourtant « il ne faut pas oublier, si on oublie on n’est plus rien ».
La pièce aurait gagné à être un peu resserrée. Le texte part dans des directions qui ne sont pas exploitées (les immigrées qui sont aux portes du dancing tenu par la mère, par exemple). Mais on peut aussi aimer les pistes esquissées qui ouvrent la porte à l’imagination du spectateur, le voyage, le départ, l’immigration, le soi-disant « vert paradis des amours enfantines », l’incapacité à tout comprendre de notre propre histoire et l’angoisse qui en résulte. La mise en scène est impeccable et les acteurs sont admirables. Claude Brasseur a la retenue de celui qui se laisse emporter dans une histoire qu’il ne peut contrôler, Judith Magre a la fougue et la violence de qui rêve de réécrire sa vie et Michel Aumont a le sarcasme et la lucidité de qui n’a plus d’illusions. Micheline Rousselet.

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